Archives mensuelles : mai 2015

La mélodie.

Message reçu d’une collègue. Je n’ai touché à rien. Ou presque (J’ai laissé volontairement les fautes). C’est pour cela que j’écris ce blog : je vous alpague avec des histoires de vibromasseurs pour mieux pouvoir vous livrer le genre de témoignage qui suit. Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! (*rires diaboliques*). Sì vous souhaitez raconter, c’est ICI !
Témoignage :
« Je me permet de t’écrire ce matin, nuit difficile.

[…]

Je suis un peu perdue et j’ai besoin d’une oreille avertie, si possible connaissant le milieu médical, et qui aura assez d’humanité pour comprendre ce que je ressens ce matin.

[…]

Je suis une petite interne, actuellement en stage dans un hôpital « général ».

Garde aux urgences, cette nuit. Le service ne désemplit pas, les entrées se succèdent, l’attente est longue.

Enfin, vers 2h, le rythme s’apaise. Je suis seule avec l’équipe soignante, je ne dis pas non à une petite pause.

Une infirmière m’appelle dans les étages.

Une de ses patiente est très douloureuse, elle souhaite que je vienne jeter un coup d’œil. Je monte vite fait, j’arpente les couloirs déserts, j’aime ce calme.

J’arrive dans le service. Prend rapidement connaissance du dossier de Mme C.

Pas joli-joli.

Mme C, a 40 ans, un mari, deux garçons de 12 et 15 ans.

Et Mme C n’a pas vraiment tiré le gros lot à la grande loterie de la vie.

Elle affronte depuis des années un vilain crabe, genre costaud, un multirécidiviste, qui a repoussé sans faillir les assauts de multiples chimiothérapies. Il a même eu l’audace de disséminer ses petits un peu partout. Le corps de Mme C est un champs de bataille, infiltré par l’ennemi.

Mme C est hospitalisée depuis quelques jours, cela devenait trop difficile à la maison, trop de douleurs, trop de lassitude.

Je rentre dans la chambre. Je la vois, toute frêle sous les draps. Son visage est cireux, crispé dans une grimace de douleur. 

Je m’approche d’elle, lui parle, pas de réponse.

Seulement des gémissements, encore et toujours, comme une litanie.

Sa respiration est difficile, bruyante, forcée.

Je prends sa main. Elle a de toutes petites mains, des mains de petite fille, soignées.

Je regarde ses mains et pense à tout ce qu’elles ont fait : construit des châteaux de sable et de cartes, étreint, caressé, bercé ses enfants.

Autour de nous, le service fonctionne en sourdine: bips lointains des perfusions, ronflements, une télévision un peu plus loin.

Je reste plusieurs minutes, au chevet de Mme C. à lui tenir la main, […]. Je suis tétanisée, au bord du gouffre.

A ce moment, je ne sais pas pourquoi, mais l’image qui me vient en tête est celle du naufrage du Titanic. Les musiciens du paquebot qui continuent à jouer alors que tout est perdu.

J’imagine les organes de Mme C, qui s’éteignent une dernière fois, prêts à subir l’assaut final du crabe, et qui continuent de faire travailler ce corps pour les derniers instants. Ils jouent leur dernière mélodie.

Je ne veux pas que cette dernière mélodie soit une plainte, une souffrance.

Je retourne consulter le dossier avec l’infirmière, qui découvre la patiente en même temps que moi.

Aucune indication sur la démarche à suivre dans ce cas. Nous sommes seules toutes les deux dans cet hôpital peuplé de centaines d’êtres vivants, perdues, et nous devons prendre une décision tellement lourde ! 

C’est la première fois que je suis confrontée à ce cas (oui, j’ai toujours eu des gardes tranquilles sans vraie urgence !)

Pas de sénior disponible, évidement, ils dorment et ne veulent pas être réveillés.

De nouveaux, ces gémissements insupportables.

Je prends ma décision, soulager ses douleurs avant tout.

Le cocktail classique Morphine-Hypnovel.

Le liquide s’écoule lentement dans les veines de Mme C.

Enfin, au bout de longues minutes, son visage s’apaise.

Nous appelons sa famille, sa maman et son frère, qui sont ses personnes de confiance.

Ils arrivent rapidement sur les lieux.

Leur détresse est palpable, tellement émouvante.

Nous discutons longuement, ils acceptent et comprennent ma décision.

« Faites qu’elle ne souffre pas, je vous en supplie… »

Ils parlent déjà d’elle au passé, dans cette chambre, je suis mal à l’aise. Mme C les entend-t-elle ?

[…]

Mme C est partie chevaucher les arc-en-ciel sur son poney multicolore, au petit matin, dans son sommeil, apaisée par le traitement, entourée des siens.

Apaisée, vraiment ? Ce matin, je suis en plein tourment. Ai-je pris la bonne décision ?

J’ai laissé cette jeune patiente mourir, sans même essayer quoi que ce soit.

Mme C, que voulait-elle vraiment ? 

J’ai laissé partir sans lutter une fille, une sœur, une épouse, une maman, une amie…

Avait-elle des désirs qui ne pourront pas être exaucés par ma faute ?

Mon esprit est vide et les images de cette nuit me reviennent en boucle.

Je suis perdue.

Toutes ces années d’études ne m’avaient vraiment pas préparée à ça, je veux dire vraiment pas.

J’espère juste, que Mme C, sur son poney, pourra comprendre et me pardonner.

Voila Baptiste, désolée pour ce pavé, je suis désolée de déposer ainsi lâchement une partie de ce fardeau sur toi, (ce qui n’est pas mon intention à la base, comprenons-nous bien, je ne souhaite pas me dédouaner !) j’ai besoin de parler ce matin, à chaud. Je n’ai pas voulu m’épancher sur le sujet avec mon chef ce matin, la dernière chose dont j’avais envie, était de recevoir en consolation des phrases toutes faites que les médecins aiment bien sortir dans ces moments-là.

Ce matin, je souhaite juste savoir, que quelque part en France, il y a un médecin qui connait mon histoire et, peut-être la comprend.

Je te souhaite un bon week-end.

Et surtout, continue avec toutes ces histoires, n’arrête jamais!  »

Voilà. C’est cela qui se passe la nuit dans les hôpitaux…

L’homme qui ne trouvait pas les mots…

Sì vous voulez raconter, c’est ICI !

Alors voilà, elle me dit qu’elle ne mange plus. Ses notes en classe s’effondrent.

Je l’examine, lui fais tirer la langue. Son haleine de morte me touche de plein fouet, je vois ses dents, un peu cariées, un peu déchaussées.

Des mâchoires qui crient famine. 

Je pourrais lui demander « Pourquoi tu te fais vomir ?  » mais c’est trop tôt. Je dis :

Pourquoi tu ne manges plus ?

Elle ne me répondra pas, pas comme ça. Je me tourne, m’assois à côté d’elle sur la table d’examen. 

Elle parle. Doucement, d’abord, puis la parole se libère. Elle veut être bonne. Bonne partout. À la gym, à la natation, à la danse, en cours de français et de mathématiques. 

Pourquoi tu veux être bonne ?

Elle baisse la tête. Ses longs cheveux bruns, elle les perd par poignées entières. 

Pour ne pas être mauvaise, répond-elle, et c’est d’une logique imparable, même moi je n’y aurais pas pensé. 

Ne pas être mauvaise, c’est être pure. Elle veut être pure. 

Pas de taches.

La jeune fille aux cheveux noirs a remarqué : quand elle se prive d’aliments suffisamment longtemps, ses cycles se dérèglent et elle parvient à ne même plus avoir ses règles. Elle se rassure. Elle ne risque pas « d’accidents », ne salit pas ses petites culottes. Quelque part, elle reste encore une enfant.

Moi je ne sais pas quoi lui dire. Je préfère me taire, je risque d’aggraver les choses.

Qu’est-ce que je peux pour elle ? Je me sens tellement… impuissant… Merde, ça sert à quoi de lire des livres compliqués si je suis incapable de trouver les mots ?

Les cours d’anthropologie reviennent dans ma tête, je m’imagine, me levant brusquement et dressant devant elle un grand tableau blanc où je dessine des schémas compliqués en adoptant un ton professoral :

 » Chère Mademoiselle B., toute l’histoire de l’Humanité s’est construite sur des systèmes de couples contraires. Ainsi, le froid et le chaud, le sec et l’humide, le salé et le sucré, le gros et le maigre, puis, évidemment, le jour et la nuit, le bien et le mal… En toute logique, au sein de ces valences opposées, une hiérarchisation s’est faite, et il a fallu statuer qui, entre le féminin et le masculin, l’emporterait.

Et la vie, c’est-à-dire le mouvement, la chaleur, le jour, le soleil, s’opposèrent à l’immobilité, au froid, à la nuit, à la lune. Malheureusement, le sang (humeur chaude, mobile, vitale) a toujours été considéré comme le « carburant » de l’existence, la substance la plus noble. Les femmes, parce qu’elles perdaient le leur une fois par mois, parce qu’elles étaient « incapables de le garder » contrairement à l’homme, se virent déchues de leur statut d’égale à égal. »

Et de conclure 6 000 ans d’anthropologie masculiniste d’un sec claquement de baguette contre le tableau :

« Comme la face du monde aurait changé, si les hommes avaient saigné aussi ! »

Ça ne s’est jamais passé ainsi. Je n’ai tout simplement pas trouvé les mots. J’ai été nul et je ne l’ai pas soignée. 

Alors je vous pose une question : à quoi ça sert de lire des livres compliqués ?

Peut-être qu’on ferait mieux de vivre tout nus… abandonner la civilisation… boire l’eau à même le lit des ruisseaux… Qui me suit ?

Une aventure inoubliable.

L’histoire, c’est X. Sì vous voulez raconter c’est ICI

Et vous pouvez lire en écoutant cette chanson composée par une lectrice : ICI et qui aborde le thème bien connu… Du gynécologue !

Alors voilà… C’est sa toute première insémination artificielle et elle a mal au ventre. Envie de vomir. Elle se présente 30 minutes en avance. Salle d’attente, puis chambre de transfert, où elle s’installe en position gynécologique. Ses doigts de pieds s’entortillent convulsivement sur les étriers. À sa droite, une petite fenêtre s’ouvre comme par magie sur le labo et la tête du biologiste apparaît. Il annonce fièrement combien de spermatozoïdes on va inséminer.

« Faites ! Faites ! » dit-elle, mais elle pense qu’elle n’a rien demandé… Sans doute que le biologiste a besoin d’échanger avec quelqu’un…

Puis le gynéco entre. Il pourrait être son père et il a l’humour d’un médecin qui a passé les trois quarts de sa vie entre des cuisses de femmes :

 » Alors vous voyez, moi, là, je lui dis : « Votre enfant, vous l’avez allaité ? » et elle me répond : « Non. J’l’ai eu à l’hiver ! » Ah, ah, ah ! »
Voila, voila. Fin de la démonstration. 

Avant de procéder à l’insémination, il nettoie son col avec du sérum physiologique. Il en met bien partout sur la petite compresse en proclamant « Et un petit coup d’eau bénite ! ».
Très impressionnée, la patiente souligne que si ça marche, c’est promis, elle écrira au Vatican pour leur vanter le prodige, même si ce n’est pas dit qu’ils apprécient, bien que le pape -élu la veille- affiche un air plus ouvert.
Surprise du gynécologue :

– Un nouveau pape vient d’être élu ?
– Ben oui, suite à la démission de son prédécesseur…

(faut vraiment qu’il sorte un peu la tête d’entre les cuisses des femmes).

Ils discutent un bon moment de ce nouveau pape et des autres, histoire de meubler un peu les silences (puis tant qu’à faire, en position gynécologique, autant rester sur un terrain neutre…)

Puis la biologiste ouvre la petite fenêtre du paradis, dit « Voilà, voilà ! » et transmet au médecin la sainte semence. Le praticien commence à inséminer tout ça, puis lève sa tête -que la patiente voit apparaître entre ses cuisses- et prononce ces mots en toute bonne foi : « Allez, pensez à votre mari ».

Que se passe-t-il à cet instant précis ?

Je vous livre stricto sensu les mots de la patiente : « Et là… Ce fut l’horreur car je ne pus m’empêcher de penser au pape. A l’actuel, à l’ancien, aux anciens… L’horreur ! La papamobile, la colombe qui se pose sur la tête de Jean-Paul, la fumée blanche qui s’échappe de la cheminée comme une métaphore de l’insémination, le pape apparaissant au balcon, bénissant la foule, s’endormant et bavant sur son fauteuil, poignardé dans les années 80… Plus je m’efforçais d’arrêter de penser au pape, plus les images emmagasinées depuis des années ressortaient. Une horreur, un traumatisme.
Bref, cela passa, enfin. Je me rhabillai, allai passer 30 minutes allongée avant de refaire ma vie, détournant le regard alors que je passais devant une église.

14 jours plus tard, un coup de fil du service m’apprit que mon taux de bêta hcg était inférieur à 5. Ce fut curieusement la première fois que j’éprouvais un soulagement à cette annonce. Le même gynécologue procéda à mon transfert d’embryon, après ma FIV. Cette fois-là, il fit des sortes de gargarismes bouddhico-tibétains au moment fatidique « Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! « . J’ai pas compris pourquoi. Faut vraiment qu’il enlève sa tête d’entre les cuisses des femmes. »

Et elle conclut son message de la façon suivante :
« je lis ton blog depuis que je côtoie beaucoup beaucoup les médecins, c’est-à-dire depuis que je suis prise en charge en PMA. Bon, nous avons maintenant « coupé le cordon » puisque mon mari a coupé le cordon de ma fille il y a trois mois. »
Mazeltov !

PS : je signerai vos livres dans vos villes :

Samedi 6 juin & dimanche 7 juin

Salon du livre de Nice

Vendredi 5 juin à 18h

Librairie Passion Culture à Orléans 

Vendredi 12 juin à 19h30

Librairie AB à Lune

Samedi 13 juin de 10h à 13h

Librairie Sanchez à Bruguiere

Mercredi 17 juin de 19h à 21h

Librairie Cosmopolite à Angoulême 

Samedi 20 juin et dimanche 21 juin

Salon du livre de Vannes.

Prenez soin de vous !

Le secret des géraniums du bon docteur Octopus Quichotte 

Photo : la chanteuse Zaz, dont  l’écosystème capillaire possède le plus fort taux de biodiversité après le Pérou et la forêt amazonienne. 
Alors voilà ce qu’on appelle un sacré titre ! « Le secret des beaux géraniums du bon Docteur Octopus Quichotte  » Ça sonne bien, ne trouvez-vous pas ? On croirait le titre d’une comédie new-yorkaise par Woody Allen. Ou d’un film d’horreur…
Durant mes études, j’ai fait un stage chez un vieux médecin généraliste un peu bileux : il n’aimait plus personne. Les juifs, les « bamboulas », les arabes, les « pédés », les ours, les loups, les zadistes, les agriculteurs, les vieux chanteurs, les jeunes chanteurs (surtout la chanteuse Zaz, mais ça je comprends…), les politiques…
J’ai retenu une chose de mon stage chez le Docteur Quichotte : il y a pire qu un médecin généraliste aigri. Il y a la femme aigrie du médecin généraliste aigri. Tous les midis, nous mangeons tous les trois et si Quichotte se plait à détester le genre humain, son épouse a une cible plus attrayante : sa famille.
Elle tacle « Tante Quechua », elle taille « Cousine Bécassine » elle égratigne « Oncle Ben s »… Elle est inépuisable de méchanceté.
Avec une femme comme elle, tonton, tata et cousine n’ont pas à se chercher d ennemis.
Moi, pendant le déjeuner, quand elle réussit la gageure de manger tout en déversant sa bile, j’admire les géraniums du bon docteur Octopus. Ils sont beaux.
Il en prend soin, le docteur Octopus. Déçu des hommes, il a tourné son affection vers les plantes.
Ses géraniums poussent drus, tendres et colorés.
Le secret de leur lustre ?
Je l’ai découvert le dernier jour de stage : Monsieur Ajax, soixante-quatre ans, consulte au cabinet pour un certificat lambda. Il souffre d’hémochromatose : il a trop de fer dans le sang. Cette maladie l’oblige à faire des saignées régulièrement. Environ 1/2 litre de sang tous les deux mois.
Monsieur Ajax sort de son cabas deux poches de sang et les pose sur le bureau. Le bon Docteur Quichotte se jette dessus avec avidité.
Devant mon air interloqué, il explique :
– C’est pour les géraniums. Y a pas mieux comme engrais.
Étrange et triste : il soigne ses plantes adorées avec le sang des patients qu’il n’arrive plus à aimer…

Ma trouille dans mes tripes.

Alors voilà, je dois vous avouer un truc : j’ai voulu faire médecine pour devenir psychiatre… 

Je vous vois bien, derrière votre écran, habillé en tyrolien, mains sur les hanches, tresses autrichiennes au vent, moustaches flamandes sous le nez : 

« M’a dit kaske ki sé pazé pour qu’il finize médezin chénéralizte? »

J’ai fait un stage en psychiatrie, tout simplement, et j’ai su que c’était pas pour moi : j’ai trop d’imagination (notez la digression tyrolienne sus-citée qui en est l’un des symptômes caractéristiques). Un jour, c’est sûr, j’aurais fini par croire un de mes patients.
Bref, ne tournons pas autour du pot, j’ai peur de la « maladie mentale ». La merde, le vomi, les crachats, je m’en fous, c’est humain, c’est organique, c’est… nous !?!?! Je crois même que j’aime bien ça, le vomi et la merde, ça rend humble et ça oblige à redéfinir le concept très sémantiquement limité de « beauté intérieure ». Mais la maladie mentale… J’ai une trouille : finir un jour dans une chambre capitonnée à retapisser les murs avec mon caca. Cette peur-là, je l’ai dans les tripes. Je sais, ça se dit pas, en tant que médecin je devrais aimer tous les patients,  peut-être même aimer les maladies aussi, ou pour le moins ne pas en avoir peur, bla-bla-bla… mais moi c’est cette image-là qui m’a fait arrêter la psychiatrie, celle d’un type aux cheveux longs, nez busqué, d’environ 45 ans, et qui se prend pour Herbert Von Karajan avec sa merde. Il est là, dans sa chambre, il pleure, il rit, il chantonne, il n’étale pas ses étrons, non, il peint, et dans sa tête c’est tout un paysage, c’est peut-être même très beau, c’est peut-être même l’œuvre la plus belle qu’il ait jamais faite de sa vie, il est ailleurs, de l’autre côté, avec les animaux de la forêt, les chamans et les esprits. Il raconte la plus vieille histoire du monde, celle des hommes qui pensent trop, qui pensent mal, qui pensent autrement, qui s’embrouillent l’esprit, qui n’ont plus d’esprit, qui n’ont rien, que des pilules, des « entretiens », des piqûres, et des lits à sangles. Je sais bien que c’est faux, que ce n’est ni plus ni moins qu’une construction de l’esprit, que les hôpitaux psychiatriques sont humanisés, et qu’ils sont pleins comme un œuf de soignants formidables et courageux, mais moi c’est cette image que j’ai dans la tête, et j’arrive pas à me l’enlever… Herbert… Herbert qui peint avec sa merde.
Je crois qu’il y est toujours. Il finira peut-être sa vie là-bas, mais moi, quand je veux arranger les choses, quand je veux lui rendre justice -c’est à dire ajouter de la beauté en ce monde-, je l’imagine au Métropolitan Muséum de New-York, en plein vernissage, avec une coupe de Moët & Chandon à la main. Il est devenu célèbre et reconnu. Il est propre, il n’a plus le regard fixe, mais doux, et il le pose sur les hommes avec indulgence.
Je crois qu’il est heureux.
Parce que c’est ça, finalement, le plus important. Être heureux. Moi, par exemple, j’ai envie d’une vie calme, « pacifique » et « pacifiée ». De la tranquillité, je voudrais de la tranquillité. J’ai envie d’être heureux. Quand on voit le monde actuel, je crois qu’il faut être un peu fou pour ça. 

Nota : vous pouvez vous inscrire en bas de page ou sur la colonne de droite. Vous rentrez votre mail et vous recevez l’anecdote du jour chaque fois qu’elle est publiée. Je crois qu’on appelle ça une « newsletter ». C’était ça ou acheter une volière et des pigeons, mais j’ai trop peur de la grippe aviaire. 

Nota 2 : je serai Mercredi 6 mai à 18h à la Librairie Contact à Angers et demain soir à l’hôtel Massena à Paris, en prestigieuse compagnie :