Archives mensuelles : décembre 2014

Un crime au paradis.

L’anecdote c’est F., orthophoniste (!!!!), l’écriture aussi ! J’ai retouché à peine (juste quelques coupes). Si vous voulez raconter votre histoire, c’est LÀ ! N’hésitez pas ! Faut juste commencer votre récit par « Alors voilà. »

Alors voilà, j’ai une PMP (Petite Mamie Préférée) dans la maison de retraite où je suis en stage. Ma PMP, elle est minuscule, toute fripée, super vulgaire et presque toujours de mauvaise humeur. En un mot, irrésistible. Elle se tient très droite et elle complexe sur ses cheveux trop fins. Elle n’y voit plus grand chose, mais se maquille quand-même tous les jours : un rouge à lèvre rouge pétard qui la rendrait très élégante si elle le centrait sur ses lèvres au lieu de déborder sur les joues. Elle a des aventures torrides avec des PPSV (Petits Pépés Soutenus par du Viagra). Elle insulte les autres aide-soignantes quand elles me font des remarques désagréables : « Salopes !, elle dit, vous n’en n’avez pas assez de nous emmerder que vous vous attaquez à la petite ! » et elle m’invite tout le temps à boire le thé, même si elle me trouve un peu idiote. Elle me le rappelle régulièrement en secouant la tête d’un air désolé et en soupirant « ma pauvre fille, t’es vraiment pas étanche» (faut dire aussi : qui confond Nana Mouskouri et Dalida, hein ?!).
Ma Petite Mamie Préférée, je l’aime, même si elle me trouve carrément trop basanée (elle dit « cosmopolite » sur un ton qui me donne envie de courir me repeindre en beige). En tout cas, ma PMP, à chaque fois qu’elle le peut, elle me fait venir en douce dans sa chambre, où elle a tout préparé soigneusement : un joli plateau, une théière, deux tasses, un cake aux fruits confits (sérieux, ils ont quoi les anciens, avec les cakes aux fruits confits?).
Tant que ma PMP n’ouvre pas la bouche pour déverser un flot ahurissant de propos orduriers, tout en elle respire la douceur, la féminité et la fragilité, y compris son éternelle robe verte un peu défraîchie et son ravissant collier de perles – honnêtement, c’est une question qui me travaille : est-ce qu’elle ne porte QUE cette robe verte qu’elle lave tous les soirs, ou est-ce-qu’elle la porte seulement les jours où je suis là, ou peut-être qu’elle l’a en plusieurs exemplaires identiquement usés?).
Bref.
Aujourd’hui, à l’heure du goûter, j’avais l’impression d’être sur un petit nuage en regardant ses petites mains fines et parcheminées verser avec grâce le breuvage bouillant et parfumé dans deux tasses de porcelaine à fleurs blanches et roses, jusqu’au moment où ma PMP a sorti de sa poche un énorme couteau, sorte de croisement bâtard entre un sabre et une hache de bûcheron. J’ai regardé le couteau et je me suis fais une petite blague nulle dans ma tête , qui sonnait à peu près comme ça : « C’est pour couper le cake dégueulasse ou pour débiter des éléphants et des baleines en petit morceaux ce truc ? ». Et là ma PMP a lèvé des yeux brillants, fait un petit sourire en coin et elle m’a dit : « Alors, tout de suite ça fait plus ambiance Agatha Christie, hein ?»

(((((Je vous souhaite à tous une bonne fête du solstice d’hiver un très joyeux Noël !
Profitez de ces moments de partage…
Je vous embrasse très fort, prenez soin de vous.
Baptiste Beaulieu. )))))

PS : j’ai reçu des tonnes de messages me demandant mon avis sur la grève actuelle des médecins concernant le tiers payant gratuit généralisé. Je ne le donnerai pas. Ce blog est aussi le vôtre. Il n’a jamais eu de visée politique, ce n’était pas mon intention en le créant, et ça ne le sera jamais. Pour ça, j’ai les colonnes du Huffington Post où je me suis déjà exprimé sur Taubira (ICI) ou la gay-pride (ICI).
À titre personnel, je soutiens mes collègues. Enfin, contrairement à ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, nous ne sommes pas des nantis.
À titre personnel, je ne pars pas en week-end à Genève faire du ski.
Je vais à Courchevel.

Baptiste Beaulieu

PS : le truc de Courchevel, c’est une blague.

Des choco-BN, de la compote et Ursula Ciprine.

Alors voilà, chaque année, les nouveaux doctorants sont conviés à se rendre au Conseil de l’Ordre. Là, au cours d’une grand-messe d’intronisation et de tapage dans le dos, on mange des chocos-BN et on boit du jus de chaussette froid en écoutant différents intervenants expliquer les mille et une manières/raisons/façons, de se retrouver avec un procès aux fesses (je sais ce que vous vous dites :  » qu’est-ce qu’il a comme chance, quand même, ce Baptiste Beaulieu ! « ).
Un vieux docteur gentil nous prévient :  » Un procès, ça peut vous tomber dessus de partout : du patient que vous ne connaissez pas, du patient que vous connaissez depuis 30 ans, de son boucher, de son voisin, et surtout, surtout, ça peut venir de qui à votre avis ?
Silence de mort.
– Alors, des idées ? De qui le médecin doit-il le plus se méfier ?
Bibi, pas à l’aise avec les histoires qui mêlent robe noire, blouse blanche et case-prison, lève la main :
– De la future ex-femme du médecin ?
[ Je sais, c’est moyen, mais je tuerai ma mère pour faire un bon mot. Ce qui ne ferait rire personne, il est vrai (je le sais j’ai déjà essayé avec le chien)…]
Rire dans l’assistance. Un médecin sur l’estrade hoche gravement la tête, on sent que son divorce lui a coûté une blinde. Un autre sourit et opine du chef, on sent qu’il est encore très amoureux.
–Des confrères ! Il faut se méfier des confrères ! avertit vieux Docteur-très-gentil.
Je regarde mon voisin de gauche, ma voisine de droite. Y a-t-il un Judas dans la salle ?
Ma collègue de droite, Nelly B., est chirurgienne plasticienne : elle a déjà rempli trois carnets de notes, en surlignant en rouge plusieurs titres de chapitre, et dessinant des têtes de mort un peu partout dans la marge. On voit bien qu’elle est très concernée par la question.
Je lui souris, prend une voix de fausset et je fais :  » Docteur ! C’est horrible ! Je vous avais demandé des seins en forme de poires… pas en compote ! »

———->

C’est officiel, après cette blague foireuse visant à la détendre, je n’ai plus du tout de chance avec Nelly B., ma douce et belle voisine de droite… M’en fous, c’est jour impair.
*larmes*
*soupirs*
*jefiniraimavieseuletmangéparmes58chats*

<---------- Mon collègue de gauche, médecin légiste, semble avoir entrepris le premier concours mondial de lancé de peaux mortes. Il se les arrache avec les dents, les décolle au bout de ses doigts, puis recrache le tout dans les profondeurs obscures situées entre les sièges. Je le regarde, lui souris, et je fais : - Médecine légale... Un procès ? Pffff ! Si tu fais une erreur, elle sera vite enterrée, c'est l'avantage du métier. ---------->

C’est officiel, bla-bla-bla…
*re-larmes*
*re-soupirs*
*jefiniraimavieseuletmangéparmes58chats*

<---------- Ensuite, le monsieur nous distribue plein de papiers juridiques, détaillant de A à Z « Comment ne pas finir sa vie derrière les barreaux en se faisant appeler Ursula Ciprine par ses co-détenus… », puis il me dit, les yeux dans les yeux :
–Le plus important, c’est la communication. Vous devez parler avec vos patients, pour vous comprendre. Ok ?
Cette fois-ci, c’est moi qui hoche la tête. Je comprends, je comprends vraiment (n’est-ce pas Nelly B. ?).
Communiquer, c’est ce que j’essaie de faire avec vous depuis deux ans maintenant.

Est ce que ça marche ?

Merci à tous !

Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook, voilà en haut la photo que je publiais hier soir à 18 h 20, avec le texte ci-contre :

Aaaaaaaah ! Ça y est j’ai fini !! Voila le manuscrit du deuxième livre ! J’ai bossé dur !
Maintenant je l’envoie à mon éditrice, croisez les doigts avec moi en espérant qu’il soit accepté…
J’ai tenu compte de certaines de vos remarques à propos du premier, certains de vos commentaires aussi…mon éditrice m’a dit qu’elle le lirait d’ici 3-4 jours, je vous tiens au courant de son avis et de ce qu’elle en pense dès qu’elle me le dit.
Croisez les doigts avec moi, je meurs de trouille !
Merci à tous ceux qui me suivent depuis le début, qui me lisent, qui m’encouragent à continuer. Cette aventure est aussi la vôtre ! On y va tous ensemble !

Et voilà en bas la photo que je publiais ce matin aux aurores, avec le texte ci-joint juste sous la photo :

IMG_0703.PNG

RÉPONSE DE MON ÉDITRICE CETTE NUIT !
Je suis juste à mille et un mètres au dessus du sol !
Merci, merci à tous…
PS : regardez l’heure à laquelle elle m’a écrit !
PS 2 : il ne me reste plus qu’à trouver un titre, je ne peux pas trop vous demander votre avis sans vous dévoiler trop de l’intrigue, mais je peux vous demander si vous préférez plutôt les titres courts ou les titres longs ???
Je ferai un sondage avec vos réponses…
Bises et merci encore à tous de participer à cette folle aventure avec moi !!!

EN UN MOT : MERCI À TOUS !

(Quoi ? Ça fait trois mots ? Alors juste « merci », du fond du cœur…)

PS : pour répondre à une question qui revient souvent, je me déplace toujours pour les dédicaces, mais il faut que ce soit les lecteurs (vous !) qui demandent aux libraires, puis les libraires appellent ma maison d’édition.
Mais sinon, je vais partout en france !!! Comme le père Noël !

Ma petite boîte à outil

Petite leçon de vie venant d’une sage-femme !
Alors voilà, en tant que sage-femme, je me dois de me former régulièrement.
Or, il y a 3 ans, j’ai entrepris une formation en accompagnement émotionnel, avec une sage-femme : Ariane Seccia.
Cette formation a changé ma pratique auprès de mes patientes, et plus largement ma vie…
À ce point !
En trois mots, j’y ai appris que bébé, on se construit sur les bases du contexte dans lequel on arrive. Vous, moi, tous les bébés. Grossesse désirée ou bébé « ohlala ! » ? Bébé fille : après trois grandes sœurs ou après trois grands frères ? On se construit aussi sur les cartons familiaux (pas ceux des déménagements, ceux qui percutent – Bim !), sur plusieurs générations.
À partir de 2 ans environ, notre mental prend les rennes et met en place des stratégies de survie pour ne pas revivre les mêmes impactages émotionnels (ceux qui étaient dans les cartons). Le perfectionnisme en est une : « Je fais tout parfait, tout bien, rien qui dépasse, comme ça, on m’aimera… ».
Ça vous parle ? Je sens que oui…
Si vous saviez le nombre de perfectionnistes qui peuplent cette terre …
Mais, ce n’est pas le tout de comprendre d’où l’on vient et pourquoi le mental fonctionne ainsi. L’idée, c’est quand même d’arrêter de se prendre la tête.
C’est là que j’en arrive à ma petite boîte à outils. Oh, ce sont des petites phrases de rien du tout, mais remises dans leur contexte, elles fonctionnent comme des mantras, capables de tordre le cou à ce p…. de mental qui nous pourrit la vie avec ses stratégies de survie.
Le plus universel ?
« Je fais de mon mieux, dans le respect de moi-même, avec les cartes de l’instant, le reste appartient à la vie ».
Hein que ça ressemble à des petites phrases de rien du tout, mais quand vous faites de votre mieux, TOUT EN VOUS RESPECTANT (c’est là que tout se joue), avec le contexte dans lequel vous êtes, eh bien, vous lâchez toute culpabilité, toute pression, toute peur de mal faire puisque vous faites de votre mieux, et que le reste appartient à la vie.
Il y en a un que j’aime bien aussi : « Et alors ? ».
Vous êtes épuisé, vous vous affalez dans le canapé (respect de vous-même ! ) au lieu d’affronter votre table à repasser, et votre ado part au lycée le lendemain avec un T-Shirt chiffonné.
Et alors ?
Ben alors rien…
Ah si, les gens vont penser du mal de vous (même pas sûr)…
Et alors ?
Ben alors toujours rien…
Si les gens pensent du mal de vous, il y a un autre outil intéressant : « Le mode grillage ». Imaginer qu’on est un morceau de grillage et que tout jugement vous passe au travers sans même vous faire plier…

Je suis tellement étonnée des bienfaits de ces petits outils que j’en ai une boîte complète dans mon sac à main (de l’avantage d’être une femme), pour les distribuer autour de moi, dès que quelqu’un que je croise a le cœur qui vrille à cause d’un mental en mode survie.
Du coup, avec ma double nationalité « sage-femme / romancière », j’ai également décidé de saupoudrer mes romans de quelques outils, comme ça, l’air de rien, puisque mes personnages, aussi réels que dans la vraie vie ont un mental tout pareil que nous…
Et figurez-vous que ça leur fait du bien aussi, à mes personnages

Alors, si je n’avais qu’une chose à vous dire, c’est de faire de votre mieux en prenant soin de vous respecter, et si ça ne convient pas aux autres, mettez vous en mode grillage et dites-vous « Et alors ? », au fond de vous, tout au fond de vous, en cachette de votre mental…
Le reste appartient à la vie…
Agnès Ledig

[Agnès Ledig est sage-femme et écrivain. Ses livres s’arrachent comme des petits pains (Prix maison de la presse il y a deux ans !) et c’est un honneur pour moi qu’elle publie dans mes colonnes. Ses deux derniers livres sont sortis ce mois-ci. « Pars avec lui » et « 13 à table » qui est un recueil de nouvelles dont les recettes iront aux Restos du cœur. Merci à elle de participer à une meilleure compréhension entre le monde des soignants et le monde des soignés !]

Pourquoi les médecins ont parfois besoin de réconciliation.

L’histoire c’est J., médecin généraliste, l’écriture c’est moi. Merci ! (ou pas…)

Alors voilà une famille tout ce qu’il y a de plus normal : un papa, une maman, une petite fille de cinq ans qui s’appelle Candie et un autre bébé en route. La petite maison dans la prairie, sans les bûches, et sans la prairie.
J. (comme « Jeune médecin plein d’illusions sur le genre humain ») suit la grossesse de la maman, et tout se présente bien.
En effet, Monsieur prend soin de Madame, Candie a l’air très heureuse et « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », comme écrirait ce bon vieux blasphémateur de Voltaire.
[Vous sentez venir le truc ?]
– On peint la nouvelle chambre, dit madame C. Du bleu, parce que ce sera un petit gars, j’en suis sûre.
[…]
Quelque jours plus tard, la journée est passée vite, J. a encore plein de patients dans la tête, quand Monsieur C. débarque.
Sans rendez-vous, et sans gêne.
[…]
Il sort un petit papier de sa poche, le déplie devant le médecin en détaillant les douleurs/rougeurs/gonflements qui le démange au niveau du pénis [j’ai cherché un autre mot, mais rien n’est venu. Un pénis, c’est un pénis. Point final. Si vous avez des expressions inédites, je suis preneur !…]
– Peut-être que c’est le type de Vincennes, ou celui de Cluny.
– Vous avez beaucoup de rapports ?
– Ben oui. Ma femme est enceinte, alors…
– Avec des hommes ?
– Ben oui.
Et monsieur de détailler ce qu’il fait, comment il le fait, combien de temps il le fait et avec qui il le fait, car Monsieur C., est un peu exhibitionniste.
Tout ça ne dure que 15 minutes, mais tout ça se fait en fixant J. droit dans les yeux, le mettant très mal à l’aise. Manifestement, Monsieur C. se régale de son effet sur le bon petit doc’.
Enfin, monsieur C. réclame les tests de dépistages usuels.
Oui, il est inquiet.
Non il ne se protège pas.
Et non, il ne dira rien à sa femme.
Ça fait beaucoup de mensonges (et beaucoup de vernis…)

Ce soir-là, c’est le docteur J. qui aurait bien eu besoin d’une petite réconciliation…

(un jour, je vous ferai un post sur la difficulté de respecter le secret médical dans certains cas… vous comprendrez combien on peut se sentir parfois très isolé et très seul face à certaines situations… Pour la photo, je vous laisse deviner ce qui cloche ! )