La plus courte soirée de ma vie.

Photographie : la plus courte histoire du monde.

La plus courte soirée de ma vie.

Alors voilà, début de soirée, nous étions à la terrasse d’un pub irlandais, en train de siroter une bibine avec Doudou. Doudou est très élégant. Même chaussé de sa paire d’espadrilles oranges, il a l’air d’un prince russe. Je l’appelle Bruce Wayne parce que je suis persuadé qu’il nous ment depuis le début : il se fait passer pour un interne en médecine, mais c’est un milliardaire américain désœuvré essayant de combler son ennui avec des stéthoscopes et des malades. Lui, il me soutient que je fais erreur, je lui fais un clin d’œil entendu, promettant de garder son secret.
Je sais faire deux choses parfaitement bien dans la vie :
1- démasquer les milliardaires,
2- cuisiner les coquillettes au jambon.
Il est 22 heures 07 minutes 34 secondes, je ramène des munitions liquides et j’attrape la discussion en route :
– Le SAMU nous l’amène : 45 kg de petite vieille, enveloppée dans un peignoir kiabi et des couvertures roses, dit Doudou. Ils ont dû découper le fauteuil parce qu’elle était collée au tissu. Ça faisait deux semaines qu’elle n’avait pas bougé de son siège. Les excréments, l’urine… elle était soudée à son peignoir et aux couvertures. L’infirmière a voulu les lui enlever, mais, enfin, vous voyez, c’était impossible… Je passais devant son brancard quand elle m’a demandé de lui tenir la main. Elle a dit qu’elle n’avait « pas vu d’être humain depuis des semaines », que ma main était « chaude et douce ». J’ai dit « merci madame », mais, maintenant, je trouve ça bizarre de remercier quelqu’un parce qu’il vous dit que votre main est chaude. Un moment, elle a dit : « C’est gentil, vous pouvez aller voir d’autres patients, je voulais juste toucher quelqu’un ». Je lui ai dit que je pouvais rester avec elle. La vieille a eu l’air contente et je ne suis pas parti. Elle m’a redit que j’avais les doigts chauds, que c’était agréable de les tenir et là…
Il s’interrompt.
Je dis :
– Et là quoi ?
Il me regarde, il a l’air infiniment confus de l’obscénité de ce qu’il va dire, mais il le dit quand même :
– Et là elle est morte en me serrant la main.

Fin de la soirée.
22 heures 09 minutes 57 secondes.

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69 réflexions au sujet de « La plus courte soirée de ma vie. »

  1. Nancy

    Coucou !
    Si Doudou est élégant et milliardaire et bien tant mieux pour lui ! 😉
    Les coquillettes au jambon hum ! ce n’est pas si mauvais que cela ! avec un brin de gruyère c’est encore mieux ! 😉

    Cette petite dame qui pèse trois fois rien, qui n’a pas parlé à quelqu’un depuis des lustres et qui est heureuse de tenir la main d’un autre être humain… ça, c’est vraiment touchant ! quelle émotion en lisant ce post ! Il y a tant de personnes isolées dans notre société … ça me fend le cœur. Y’a-t-il pire que la solitude ? Oui, la souffrance physique sans doute …
    Merci pour cette publication qui mêle humour et une triste fin de vie.

  2. Cilou

    Merci pour cette histoire. Merci infiniment. Elle est superbe. Triste, mais superbe…

    L’infirmière en gériatrie que je suis ne peut cependant pas s’empêcher de s’offusquer en lisant ce post. Je n’apprends rien, les gens retrouvés « à l’odeur », ça existe encore, (et dans cette histoire, la vieille dame a pu bénéficier d’un contact humain, vraiment humain, avant de mourir, ce qui n’est pas rien). Mais ce n’est pas parce que c’est presque banal que c’est moins grave.

    L’isolement est une chose terrible pour les personnes âgées. Lorsqu’il existe un entourage bienveillant, même si ledit entourage s’épuise à être aidant, la personne est « sauvée » : il y aura tjs qqn pour remarquer que les volets ne sont pas ouverts, que le téléphone ne répond plus. En cas de chute la personne finira tjs par être relevée, même si c’est au bout de qq heures (pour tous ceux qui ont des parents ou grands parents âgées, ayez le réflexe téléassistance. ça existe en collier ou en bracelet, et ça permet de secourir la personne bien plus vite, surtout en cas de chute la nuit).

    Mais pour les personnes seules, vraiment seules… elles peuvent passer des jours au sol avant qu’un voisin de remarque que « ça fait longtemps qu’on n’a pas vu la mamie ». Elles peuvent passer des semaines sans même entendre le son de leur propre voix. Elles peuvent devenir démentes sans que personne ne s’en rende compte, et se laisser mourir de faim faute de se rappeler qu’il faut manger. La solitude chez les personnes âgées, ce n’est pas juste un concept lointain, je vois ça souvent dans mon boulot en équipe mobile de gériatrie. Ça me fait toujours la même boule au ventre, on ne s’y habitue pas.

    1. Grand33

      @cilou
      Je vois trés bien ce que tu veux dire avec mon papa parkinsonien que nous nous efforçons de maintenir
      à son domicile…
      merci de penser aussi aux aidants, car il ya en effet les soignés, les soignants mais aussi les aidants
      et si Bibi pouvait aussi réconcilier les aidants et les soignés ?
      la bise

      1. Cilou

        Grand33 : les aidants sont les premiers à se « cramer au boulot », comme le racontait un post de Bibi.
        Moi je dis toujours aux aidants, qui culpabilisent toujours de ne pas en faire assez, même lorsqu’ils ont dépassé depuis longtemps les limites de leur épuisement : « qui veut aller loin ménage sa monture. La monture en l’occurrence, c’est vous. »
        Passer la main à des professionnels, ce n’est pas abandonner. Au contraire. C’est conserver une place d’époux(se), de fils, de fille, d’amoureux(se), et pas une place d’assistante sociale, d’infirmière. C’est garder des relations d’amour et de plaisir à se voir, pas de lien inversé à changer les couches de son papa. L’aide aux aidants, ce n’est pas des paroles en l’air, c’est la condition sine qua non du maintien à domicile ! Bon courage, si tu as des soucis, besoin de conseils, de soutien, tu sais où me trouver.

        Des bisous. Plein !

        1. Miss P

          Merci…. Quand on essaie d’aider, c’est dur d’avoir toujours l’impression de ne pas en faire assez… de ne pas être assez disponible…

    2. annette

      Cilou, ce que tu dis est tellement vrai!
      Et en même temps… Et en même temps je suis IDE aussi, en gériatrie aussi.
      Et au fur et à mesure du temps qui passe, je me rend compte que dans pas mal de cas, les personnes qui se retrouvent « abandonnées » de leur famille, ont un passif loin d’être anodin.
      Loin de moi l’idée de dire que si on est isolé c’est qu’on l’a mérité, mais les histoires révèlent parfois des choses pas jolies-jolies…
      Alors comment faire des reproches à des enfants/neveux, quand les personnes qui sont aujourd’hui âgées et dépendantes ont été des égoïstes/maltraitants/psy/ordures?

      1. Cilou

        Loin de moi l’idée de faire des reproches… Je sais bien que ce n’est jamais aussi simple qu’il parait, Bibi l’a bien raconté aussi dans un précédent post (une dame dont les filles ne voulaient plus … elles avaient été battues toute leur enfance…).
        Mais il y en a aussi beaucoup qui sont isolées, tout simplement parce que tous leurs proches sont morts ou éloignés géographiquement. La vie professionnelle de nos jours est faite de mutations et de suivi de conjoint, on ne reste plus près de nos parents, c’est comme ça ! (moi la 1ère, je suis à 2h de route de chez ma mère, à 6h de chez mon père !).
        Mais à mon avis, l’intérêt n’est pas de chercher pourquoi la personne est isolée. L’important, est de chercher comment rompre l’isolement. ça, ça a du sens. Enfin, je pense…

      2. Suze Araignée

        Bonjour,
        Un peu (beaucoup, surtout de la part de soignants) triste de lire dans la liste, au milieu de « égoïstes », « maltraitants » et « ordures »…
        « Psy ».

        Les malades psychiques sont des malades comme les autres, pas des gens détestables à ranger parmi les ordures et les maltraitants (qui eux, choisissent, bien souvent, d’être égoïstes, maltraitants, ordures).

  3. marie

    j’aime bien » les munitions liquides « …mais non on n’a pas plus soif à l’hôpital—les coquillettes au jambon aussi …et merci pour la leçon de morale cilou…mais à l’hôpital aussi même entouré de plein de monde ,quand on est vieux on meurt aussi des fois seul et souillé …sisi je l’ai vu ,c’est pas parce qu’il y a du monde autour ..que ça n’arrive pas . allez Biibi ,merci encore pour ce billet qui m’a ému ..j’attends encore un peu pour acheter ton livre , c’est bientôt noël..qui sait ce sera peut etre mon cadeau ?,j’attends la prochaine histoire avec impatience …

    1. Cilou

      Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une leçon de morale. Je constate et je déplore, mais je ne juge pas ; chacun fait avec ce qu’il a et ce qu’il peut, on n’a pas toujours des relations idylliques avec son parent, on ne connait pas toujours ses voisins. Parfois les gens sont seuls car ils n’ont plus aucune famille ni amis (tous décédés), que peut on y faire, les ressusciter ? C’est triste, ça me fait mal au bide, mais je sais que rien n’est simple et que les jugements à l’emporte-pièce n’apportent aucune solution.
      Et je sais qu’à l’hôpital c’est loin d’être idyllique aussi (enfin j’ose quand même espérer qu’en cas de chute on ne passe pas des heures au sol, faut pas exagérer non plus).

      Allez, des bisous. Plein !

  4. Virginie

    Rien à voir avec votre billet (cependant très beau) mais je viens de lire celui que Caro (Pensées by Caro) a écrit suite à votre rencontre et cela m’a juste confirmé ce que je pensais déjà. Vous êtes (définitivement) une belle personne. Votre tatouage résume bien les choses d’ailleurs. Bonne réussite à votre livre et à tous vos rêves 😉

      1. Grand33

        Merci, je me soigne à ma façon par exemple en me disant que 2 minutes 23 secondes, c’est rapide pour déguster une pinte de bière irlandaise !!!

  5. Albigène

    @Cilou

    Cilou, j’ai pensé à toi et à ton beau métier en lisant très tôt ce matin ce post très touchant de Baptiste. Il embrume mes yeux mais il alerte.
    Je n’ai pas attendu d’avoir trois fois vingt ans pour être sensible au sort des personnes âgées, au crépuscule des vieux…. Parfois le verdict est plus lourd comme tu le décris bien : personnes âgées seules !
    On peut penser quand on est jeune et/ou égoïste que la vieillesse, c’est comme les maladies graves : ça n’arrive qu’aux autres.
    Et on pourrait croire qu’ils sont bien les vieux ; personne ne les force à travailler (bien que….)
    Ils touchent leur appréhension de vieillesse, parfois très petite….Minimum vieillesse comme ils disent.
    Et puis, comme ils ont fini de grandir, ils n’ont pas besoin de manger beaucoup, n’est ce pas ? Seuls ils n’ont personne qui les force à manger…
    Ils ont tout leur bon vieux temps à attendre qu’on les relève, parfois du plancher, comme tu l’écris.
    Ils ne sortent pas ou peux, personne ne les attend, personne ne les « attendresse » (merci à Marc Favreau de m’avoir soufflé ce mot).
    Ils croisent parfois la route d’un milliardaire américain déguisé en toubib ou celle d’une Cilou. Ils voient parfois venir chez eux des assistés soucieux qui font ce qu’il peuvent….
    Ils sont bien les vieux. Parce qu’ils n’auront même pas froid cet hiver. Ils sont tellement bien isolés….

    Merci pour ton coup de gueule Cilou. Encore merci Baptiste, VRAIMENT !

    1. Patiente

      et que dire lorsque ces Personnes si âgées qui n »ont que 400 € de retraite n’ont pas de quoi se nourrir correctement ? elles ont travaillé la terre toute leur vie, élevé des enfants et pour finir elles vivent seules dans des campagnes isolées. le drame de la vieillesse est infini. Je leur apporte mon aide mais c’est une goutte d’eau face à l’océan de leur solitude. Autrefois nos vieux (ce mot est affectif dans ma bouche) étaient pris.en charge par la famille. aujourd’hui au mieux ils sont en maison de retraite, au pire ils sont seuls et isolés. Dans la plupart des cas ils s’ennuient car on les oublie.

      1. Cilou

        Et encore, on ne parle pas des personnes dépendantes… Etablir un projet de vie et de soins pour une personne dépendante qui souhaite rester à domicile, c’est un casse tête chinois lorsque la personne n’a ni argent pour financer des aides (le conseil général donne un peu, mais c’est nettement insuffisant), ni aidants pour compenser les manques dans la logistique quotidienne. Les services de soins infirmiers sont surbookés, les libéraux aussi. Et sans aidants ni argent, avec seulement les SSIAD et les associations financées par le plan APA, on ne peut pas tout couvrir ; si on a par exemple les aides à la toilette, au coucher et au repas, ainsi que la téléalarme, on arrive difficilement à rajouter les courses ou l’entretien du logement / linge ! (et préparer les repas quand aucune course n’a été faite c’est pas de la tarte). On ne parle pas d’emmener la personne aux wc plusieurs fois par jour et on oublie la rééducation à la continence. Sans compter que les protections d’hygiène coûtent cher, et dans tout ça il n’y a personne la nuit en cas de problème…

        Moralité, mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade, comme disait l’autre… Mais surtout, mieux vaut être entouré, vraiment…

        1. C.d'A.

          @Cilou:…CAR LA VRAIE RICHESSE,C’EST CELLE DU COEUR…et toi quand j te lis qui parle avec tant d’amour de ta profession,je sais que tu es multimilliardaire,et en plus tu le partages avec tant de sagesse que j’en suis toute impressionnee…@Bibi:ton histoire est belle et derangeante,car elle nous renvoit a notre egoisme,et comme le dit une lectrice,on tourne parfois la tete,pour ne pas regarder cette main qui demande a etre caressee…il y a aussi des cultures plus pudiques,moins demonstratives que d’autres,et ce medecin de tes amis,a peut etre beaucoup recu et sent le besoin de redistribuer…encore une pensee pour ta Mami,qui t’a dit d’eclabousser d’amour,ceux que tu croisais,grace a ton succes…elle n’a pas a s’inquieter,car c’est ce que tu fais sans jamais te fatiguer…

  6. Hervé CRUCHANT

    « Sel de mer véritable appellation contrôlée »…
    Une histoire à transposer ainsi :  » C’est un type… Il est au mileu de rien… on l’a vu en éclairant tout autour de nous… il est venu vers nous… il a touché le bord et on l’a mis le mieux possible dans une couverture rose qu’on avait emportée… il a tendu la main… je lui ai prise… elle était froide… il a souri. Et il est mort. Comme çà, au fond du bateau… Après, on est rentrés au port… Il paraît qu’on trouve plein de types comme lui, qui ont froid aux mains et qui meurent quand on les recueuille. Dans la mer. En Sicile. Et ailleurs. Entre Calais et Folkestone. Entre le Tsar Doudou et nous… Welcome !… « .
    « Tu veux du sel, sur tes coquillettes au jambon avec un peu de gruyère dessus ou est-ce assez salé comme çà?. C’est bon, hein?. Souvent, les plats les plus simples… »
    Météo marine secteurs Baléares et connexes toutes les heures.
    Bonne journée.

    1. Albigène

      @Hervé CRUCHANT

      Oui, Hervé, contrairement à ce qu’a écrit notre écrivain, poète et médecin préféré, tous les bateaux ne sont pas faits pour prendre le large même par beau temps. Merci pour ce rappel à une autre triste réalité.

  7. Irène

    Je suis très fâchėe ! C’est pire que si j’habitais à l’autre bout du monde : ici, à Genève, je ne peux voir le replay des émissions françaises !
    Ton post de ce jour est déchirant et interpèle : faire au mieux pour les personnes âgées mais anticiper car c’est très lourd. Je me suis occupée de ma mère – et je n’étais pas seule – mais j’ai plongé sans même m’en rendre compte. Difficile « l’après ». On apprend et je saurais, maintenant, faire tout aussi bien mais en me protégeant.
    Belle journée à toi.

  8. Krakoucass

    Boum, nous vivons tranquillement nos vies en essayant d’oublier que ce genre d’histoire se produit regulierement. On s’agite, on s’amuse et puis on lit cela on pense a ses parents, amis, proches en esperant qu’aucun ne finissent seul comme cette pauvre dame et en esperant qu’eux ou nous-memes auront aussi la chance de pouvoir tenir une main aux doigs chauds.

  9. Hervé CRUCHANT

    Deux internes qui vont au bout de ce que nous voulons tous faire, qui justifierait, qui légaliserait notre raison d’être: sauver, sinon guérir (et pourquoi pas, docteur?) nos semblables. Comme pour exorciser notre propre mort et son inécluctabilité.

    Et ne voient pas -c’est heureux?- qu’ils ont réussi. Redonner la dignité d’une existence vraie pour enfin pouvoir mourir debout. Et le passage par la main, chaude et douce, est tout un symbole. » Çà sent l’Homme. » Comme j’aime à dire, avec cette finesse de l’a-propos qui n’a d’égal nulle part (!).
    Quand certains toubibs glissent lentement dans ce dilemne, syndrôme du phénix, si on veut lui donner un nom, c’est La Maladie de Sachs ou des condamnations pour actes d’euthanasie; voire pire. Ce n’est pas à des comités de trancher entre les déviants et les extrémistes mais c’est certainement à l’éthique de le faire. Seulement, voilà, qu’est-ce que l’éthique et qui la définit ? De grands grands médecins ont planché à ce sujet et il est pationnant de les relire.

    Quant à Bibi, toujours subliminal, le bougre ! Un vrai plaisir ….

  10. marie

    un jour j’ai pris un train troisième classe en Inde, la seule blanche au milieu d’une meute d’hindous, tous sur nos planches en bois à humer les bonnes odeurs des trains indiens, bien cool le truc et voilà que je me mets à discuter avec un indien de tout, de rien en anglais (il n’y a qu’en inde que je parle à peu près anglais enfin je veux direil n’y a qu’en inde que je peux vraiment avoir une conversation en anglais) on a parlé Paris la tour Eiffel LE SOUTOFFRANCE et tout et tout puis il me demande comment on s’occupe des olds mans et olds didis en France, « oh well in hospital » que je réponds, traduction immédiate de mon interlocuteur à tout le wagon et là comme un seul homme et femme éclat de rire général. Paris et la tour eiffel ont fait pschitt

  11. Lise

    on dit qu’une société se juge à la manière dont elle traite ses vieux ….
    c’est tellement vrai ….
    sous des dehors de société « civilisée », se cache en réalité un fonctionnement à la « marche ou crève » ou aucune place n’est faite pour ceux qui ne sont pas/plus en mesure de le faire …
    j’ai un souvenir, datant d’une vingtaine d’année, d’une vieille dame, à sa fenêtre, tendant un billet à tous ceux qui passaient en leur demandant d’aller lui chercher du lait
    à l’époque, j’avais à peine 20 ans, et je ne suis pas fière d’avouer qu’alors, j’ai passé mon chemin …
    mais cécile, tu serais fière de moi aujourd’hui …
    si tu savais le nombre de fois où je me suis « bagarrée » avec des collègues que j’entendais râler après les anciens qui embouteillent les supermarchés aux heures de grande affluence alors qu’ils auraient la possibilité d’aller faire leurs courses quand les magasins sont vides ….
    oui vide, le mot est là …
    vide comme une existence en bout de course, quand la vie a éloigné ceux que l’on aimait et que l’on se retrouve seul, désespérement seul ….
    alors oui cécile, et oui baptiste, il faut dire haut et fort que nos « anciens » méritent le plus profond respect, quel qu’ait été leur parcours de vie …. ils sont notre mémoire, le socle de nos propres existences … les ignorer, cela revient à nous ignorer nous-même …
    un jour, si je deviens vieille, j’aimerais croire que quelqu’un sera là pour me tendre une dernière fois la main … juste pour sentir une dernière fois la chaleur de la vie sous mes doigts, avant la fin …

    1. Cilou

      Merci gentille Lise, de te battre aussi pour la cause de nos ainés ! Vide, oui un immense vide, c’est trop souvent le lot qui les (nous) attend.
      Et quand tu deviendras vieille… on se fait un deal, on demande une chambre double en maison de retraite, des munitions liquides, et on fait de chaque jour une fête endiablée, ça te dit ? On se tendra mutuellement la main, celle qui sera moins ivre relèvrea l’autre. On va s’éclater 😀

      1. Patiente

        @Albigène, Cilou, Hervé, Grand33, lise MERCI à vous tous. je vous aime pour votre grand coeur. Moi aussi j’ai mal à mes vieux. EN leur donnant la possibilité de manger, en les écoutant, on leur apporte déjà un peu de réconfort. Mais hélas on trouve peu de bénévoles pour aller vers eux. La précarité chez les personnes àgees est insupportable. la société n’en sors pas grandie !

    2. marie

      il y a des alternatives à cette solitude, le maintien à domicile le plus longtemps possible avec portage des repas et femme de ménage, collocation entre personnes âgées ou mieux intergénérationnelle, l’éco- village fondé par Pierre Rabhi où les ancêtres ont leur petit chez eux au milieu d’un village où tout le monde tisse un lien, je ne désespère pas de la génération qui va être dit vieux voyez Brigitte Fontaine, c’est clair qu’il va y avoir du rififi dans les maisons de retraite drameetic à tout les étages…

  12. lolo ger

    Alors voilà, j’ai vu ta tête! Et elle te va bien! Parfois on est déçu parce qu’un gentil a en fait une tête de c** par exemple, mais non, toi t’as l’air gentil et sympa dans tes textes, et t’as une tête de gentil et sympa! C’est cool, vraiment cool! Bonne continuation! (promis le prochain livre que j’achète c’est le tien, et ça sera chez un petit libraire!)

  13. Cilou

    Je viens de lire l’article de Caroline, il est vraiment, VRAIMENT super. Il te rend parfaitement hommage, mon Bibi. J’adore ton tatouage, il te résume tellement bien. Tu es une belle personne. Mais ça, tout le monde le sait déjà 😉

    Des bisous. Plein !

    1. Cilou

      AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH je viens de comprendre. Sel de table. Fin.
      (et la lumière fut)
      (je viens de récupérer la garde du neurone. Je vais essayer de ne pas le cramer direct…)

  14. Marie

    Je vais conseiller aux personnes qui trouvent bizarre (et un peu chiant) que je rende visite à ma vieille belle mère (83 ans) pour la sortir un peu et lui amener des petits plats de venir lire ce billet.

  15. nabiz

    La plus belle richesse est celle du coeur alors oui tu l’as bel et bien démasqué le Doudou. Il est riche, riche à million même. Et sa richesse lui brule les mains, d’où en plus ses mains chaudes. Cheers Doudou

  16. valérie

    Bonjour Baptiste,
    Je suis une amie de Claudie, je vous ai envoyé un mail que vous n’avez pas du recevoir.
    Claudie est une femme merveilleuse : j’avais le moral dans les chaussettes et elle m’a dit tout simplement : « on partage », j’ai dîné avec les siens. Sa fille est ma meilleure amie. J’ai passé une soirée pleine d’humanité.
    J’aimerais aussi écrire au sujet des soignés, cela fait un moment que cela me trotte dans la tête.
    Quand vous revenez sur Auch, pourriez-vous me donner des conseils éclairés?
    Votre livre est une pépite, il va cartonner : c’est une évidence!
    Cordialement
    Valérie

  17. Lise

    @ cécile

    alors là, banco, je signe tout de suite pour la maison de retraite à tes côtés, tu en connaitras les arcanes comme ta poche, et tu pourras nous trouver un filon pour être approvisionnées en douce en nitro-bibine (rhum pour moi, c’est mon péché mignon …)
    j’en aurais presque hâte tiens !!!

    @baptiste

    bien faire et se tenir en joie ….
    purée, baptiste, je suis encore une fois « scotchée » par ce que tu es … VRAIMENT

      1. C.d'A.

        @Grand33:C’est risque de traiter Cilou de »meme »(rajoute les accents…)…rappelle toi,ce qui est arrive a Doc BIBI,pour dire qu’il se sentait vieux…moi j’serai toi,j’y penserai a 2 fois…Lise,je sais pas de quel bois elle se chauffe…mais avec Cilou…prends garde a toi…ca va chauffer…conseil de vieille amie…

      2. Cilou

        t’es jaloux ? T’inquiète mon Grand, on se glissera en douce dans ta chambre pour picoler le rhum qu’on aura fait rentrer en contrebande ! Et on salira ton pyjama pour que tu aies le plaisir d’être changé par une délicieuse infirmière 😉

  18. Maya

    « All along the watchtower » Si j’avais été à ta place, je crois que j’aurais pleuré, rien que de l’entendre l’histoire… Elle est tellement triste ! Une vieille dame… finir sa vie seul , dans ces conditions … Enfin, pas tout à fait, puisqu’il était là ce gentil docteur à lui tenir la main, pour son dernier souffle. Comme elle a due se sentir heureuse à ce moment là , rien qu’avec le contact de sa peau !! Comment ne pas se révolter ? Devoir finir sa vie seul , sans personnes à ses côtés… Heureusement que vous êtes là vous, le personnel soignant, « Les gardiens de la terre »… C’est tellement beau ce que vous faîtes… Merci encore.

  19. darkvalou

    Première fois de ma vie que je poste un commentaire ! et oui, ton blog m’a vraiment beaucoup touchée, fait sourire, émue, convaincue !
    Du coup 2 livres achetés, un pour offrir et un pour m’offrir ! Et je parle de « toi » autour de moi, amis, famille et collègues du CH (côté administratif, mais, à notre façon, à notre niveau, nous œuvrons dans le même objectif, même si beaucoup (trop) oublient qu’ils travaillent pour le bien des patients)
    Bon vent, ne change rien, c’est si bon de sentir toute cette humanité et cette bonté (et l’humour n’y enlève rien, le ton reste toujours juste, jamais irrespectueux, et ça c’est vraiment essentiel !).
    Je te souhaite de tout cœur de réaliser ce beau projet de dispensaire et de faire des émules, chacun à notre façon nous pouvons contribuer à rendre le monde meilleur.

  20. Cathrine

    Bonsoir ,
    On pourrait penser que tant d’humanité est artificielle . Je suis estomaquée de voir toute cette misère sociale , ces anciens qu’on oublie .
    Je n’ai plus de vieux dans ma famille , je suis la vieille , j’ai prévu , je ne supporterai pas ça c’est clair .
    Quand la société ne se préoccupe plus des vieux à quoi ça sert de lutter ?
    Sans ancien, plus de souvenir, plus d’histoire .
    En Afrique , on dit un vieillard qui meure c’est une bibliothèque qui brule !

  21. Franco-québécoise

    Si triste… Et si beau en même temps… Il est minuit 32 et j’ai les larmes aux yeux…

    Je viens de découvrir ton blog de manière parfaitement inattendue… : en cherchant une maison d’édition pour mon propre manuscrit… ! Internet nous réserve parfois de belles surprises et ton blog en est une. Je suis sous le charme, j’aime beaucoup ta plume, le concept, ta sensibilité, tout.

    Je reviendrai, c’est sûr 😉

  22. madoka

    Conte des temps modernes, bien qu’elle semble triste cette histoire, moi je vois l’espoir et le réconfort..merci pour elle , merci d’être aux côtés de ceux que nous oublions a tort, merci pour ce conte des temps modernes

  23. Emeline Leroy

    Bonjour Baptiste.
    Je m’étais promise de ne pas commenter tant que je n’en saurais pas un peu plus, mais voilà, après avoir lu quelques billets, c’est plus fort que moi.
    Un peu comme pour marquer ma présence, dire que je suis passée, que moi aussi, je suis tombée sous le charme de ton écriture, que moi aussi, je suis curieuse d’en savoir plus, que moi aussi, je reviendrai…
    Pourquoi sous ce post-là précisément ? Pour quelques bonnes raisons mais que je n’étalerai pas ici, pas déjà. On se « reverra » bientôt.
    Emy

  24. KatiaD

    Je ne suis pas encore vieille impotente et j’espère que je ne serai jamais isolée, pauvre, toussa. Mais j’ai expérimenté l’effet magique que peut avoir de tenir la main d’un-e aidant-e (pompier, sage-femme … ) lors d’un accident de voiture et d’une césarienne. Contente que cette mamie ait pu partir en paix, grâce à la main de Doudou …

  25. Marie

    Je ne sais pas pourquoi mais j’ai relu l’histoire plusieurs fois… Elle me fais qqc cette histoire mais je ne sais pas si elle est belle ou triste. Peut être les deux à la fois… Elle me fait me sentir bizarre du coup, je n’arrive pas à mettre les mots dessus.
    C’est un commentaire inutile mais je voulais pas garder ça pour moi toute seule.

    (J’ai découvert ton blog la semaine dernière alors je le lis du début, je suis une ancienne patiente qui a très mal vécu son premier accouchement a cause notamment du gynécologue présent et qui pour essayer de comprendre tout ce qui c’était passé et être sûre qu’on ne me mente pas, a repris ces études et est devenue sage-femme. je pense que cette mauvaise expérience m’a en fait été bénéfique, elle m’a totalement changée et a fait de moi la soignante que je suis. Sue ce je vais reprendre ma lecture, encore deux ans et demi de retard à rattraper!)

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