Les femmes qui avaient les mêmes tresses blanches.

Les femmes qui avaient les mêmes tresses blanches.

« Il n’y a pas que des cons sur Terre, mais tous les cons y sont ».
Proverbe de rugbymen toulousains (en parlant des footeux).

L’histoire c’est E., l’écriture c’est moi. Juste merci !
Pour raconter : http://www.alorsvoila.com/contact

Alors voilà, devant l’ambulance, la vieille dame a dit :
– Je voudrais l’accompagner.
Le médecin :
– Vous êtes qui ?
La vieille dame a hésité.
Peut-être a-t-elle pensé que les temps avaient changé. Donc elle a répondu :
– Je suis sa compagne depuis 37 ans.
Sur le brancard, l’autre vieille mourait : sous une tresse longue comme la vie, ses veines étaient très bleues, sa peau était très blanche.
Le médecin :
– Ce n’est pas possible. On ne prend que la famille, appelez un taxi et retrouvez-nous à l’hôpital.
Il a claqué la porte.
Dans l’ambulance, le médecin s’est esclaffé :
– Supporte pas les vieilles gouines, moi !
[…]
E., qui m’a raconté ce bel acte d’humanité, ne me rapporte pas si la patiente sur le brancard était en état d’entendre.
Les derniers mots à avoir résonné à ses oreilles seraient « vieilles gouines » ?
J’espère qu’elle n’est pas partie comme ça.
Non, vraiment, il ne le faudrait pas. Parce qu’elles ont dû en baver, les deux « vieilles gouines », avec leurs rides, leurs douleurs aux genoux et leurs souvenirs communs qui s’embrouillent. Elles ont dû en partager des combats, en essuyer des crachats et ployer sous le poids des quolibets.
Leurs nattes sont longues. Les cheveux y sont blancs. Ils ont poussé ensemble.

« Ce qui compte c’est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves. »
Virginia Woolf (qui n’était pas la dernière à…)

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9 réflexions au sujet de « Les femmes qui avaient les mêmes tresses blanches. »

  1. Dina

    Quelle triste histoire… D’ailleurs c’était pour éviter ce genre de situation que le mariage homo était revendiqué depuis les années Sida.

  2. eric gautier

    Urgentiste souhaiterais rencontrer ce délicieux confrère pour moment de tendre intimité ou ISR sans etomidate au choix.
    Bon j’espère moi aussi que la vieille dame était définitivement sourde aux saloperies.
    Vous m’énervez un peu avec votre talent et votre jeunesse.
    Continuez svp.

  3. Mlle Véra

    Mais quel blaireau sérieux !! On devrait interdire à des gens comme ça d’exercer !!

    Pour ce qui est de la réconciliation avec lui, offrez-lui un petit thé aux laxatifs histoire que lui aussi dans la vie en « chie » un petit peu …

    Merci pour votre humanité à vous B.B.

  4. Claudia

    Parce que quand j’ai lu ça : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=819670891382228&set=a.311639928851996.98462.293862777296378&type=1&theater
    j’ai pensé à ce post, et même si elles n’ont pas de tresses, même si le risque connard n’est pas moins grand, au moins si elles devaient se trouver dans une situation similaire un jour, on ne pourrait plus leur dire qu’elles ne sont pas de la même famille. Comme quoi, en dépit du nombre de saloperies qui ont été dites, ça me conforte dans l’idée qu’il y’a des luttes qui valent vraiment la peine.

  5. Paola

    En face de la maison de mes grands-parents vivaient un couple de vieilles dames auxquelles je pense immédiatement en lisant ce billet. Je me souviens de l’amour qui les unissaient, de ce qu’elles ont du endurer pour s’aimer, de la douleur de l’une quand l’autre est morte, du caveau commun dans lequel elles ont voulu être enterrées… elles auraient pu être celles du récit. J’espère qu’elles n’ont pas vécu cette humiliation.

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