Les hommes qui connaissaient leur boulot.

(((((merci pour vos messages, cela me touche… Prenez soin de vous.))))

L’anecdote c’est M., une co-interne, l’écriture c’est moi, merci !

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Alors voilà l’enfant.
Il a 6 ans et une poche de colostomie. Ça pend sur le côté de son ventre, avachi comme un placenta mou. C’est très laid : suturé à même la peau, on aperçoit, dessous, la minuscule bouche ronde et rose de son côlon.
L’interne M. le voit, ce petit garçon, tous les jours. Elle observe comment il tire sur son pull pour dissimuler la poche, comment il refuse de se joindre aux autres pour jouer. Parfois, il regarde à droite et à gauche, et quand personne n’est en vue, il relâche son vêtement et laisse le petit placenta marron à l’air libre.
Le petit garçon a honte.
C’est « caca », c’est sale, c’est sa maladie qui s’affiche aux yeux de tous.
En psychologie, il y a :

  1. le stade oral,
  2. le stade anal,
  3. le stade phallique,

Pour ce gosse, la vie a ajouté le stade colostomial.
L’interne voudrait bien aider…
Un jour des clowns bénévoles arrivent. Ils font le job : Tagada Pouêt Pouêt, Tagada Pouêt Pouêt, etc. Les enfants rient. Le petit garçon, dans l’encadrement de la porte, les regarde avec envie.
Un clown tourne la tête, le surprend.
– Hé, mais c’est du caca !
Il tape l’épaule de son collègue :
– Hé, regarde ! Il a du caca qui pend !
Le petit garçon tire sur son pull à en faire craquer les coutures. L’interne M. foudroie les clowns du regard. Trop tard : les clowns se saisissent de l’enfant et, surtout, de sa particularité anatomique. Ils font ce que font les clowns, ils la tournent en dérision. Deux minutes plus tard, ce n’est plus une poche de colostomie, c’est un objet de drôlerie et d’originalité. Les enfants viennent et touchent « le caca » à travers le plastique. Le petit garçon se détend, rit, il ne tirera plus sur ses vêtements à compter de ce jour.
Le type se tourne vers l’interne M. et lui balance un clin d’œil appuyé. Comme font les clowns.

Pour les stades anaux et phalliques, on peut compter sur les pédopsychiatres.

Pour le stade colostomial, on peut VRAIMENT embaucher un clown.

« La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents.  »
Confucius

« Les gens se moquent de moi car je suis différente, je me moque d’eux car ils sont tous pareils. »
Lady Gaga

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15 réflexions au sujet de « Les hommes qui connaissaient leur boulot. »

  1. Val

    j’en chiale tellement cette histoire me touche! Parfois mettre les pieds dans le plat c’est un vrai job et qui aide plus que le reste…
    J’aurais ma petite histoire à te raconter à ce sujet…

  2. BorX

    Les clowns sont des funambules de la dualité humaine, qui pourraient basculer d’un côté comme de l’autre mais qui trouvent l’équilibre dans leurs excès.
    Dans les hôpitaux, on les imagine réchauffer un peu la froideur médicale, d’apporter de la couleur sur le blanc des murs, d’esquisser un sourire sur les mines tristes.
    Mais leur adresse fait d’eux des magiciens de l’âme capables de changer les regards sur ce qui paraît impossible.
    Tout en restant dubitatif devant l’audace de ce clown qui a littéralement dansé sur des œufs, on ne peut qu’être subjugué par le résultat d’un excès aussi fin.

  3. • Ginylle •

    J’ai découvert ce blog via Deedee, hier. Je l’adore (je veux dire, je l’adore VRAIMENT ;)).
    J’ai facilement la larme à l’oeil quand je lis sur le net…mais là, un bon gros sanglot, chapeau ! Elle est merveilleuse, cette histoire…et même toutes les autres, en fait.
    Hâte d’avoir le livre entre les mains.

  4. Meduloblong

    Une amie m’a prêté votre livre, j’adore! je suis donc venu voir le blog quand j’ai découvert son existence… et comme beaucoup d’autre j’adore toutes vos histoires.

    Celle-ci m’a tout particulièrement ému et j’ai aussi écrasé ma larmouille… merci de votre travail et de cette idée géniale (et je pèse mes mots!), vous me donnez envie de m’acheter un carnet moi aussi!

  5. Sadou

    Parfois,
    La « formation » doit laisser la place à l’expérience, voire la dé-formation. L’exemple illustre avec brio comment notre comportement d’humain à humain ne doit surtout pas être institutionnalisé et banalisé. Les clowns ont tout simplement réagi, et c’est ce que nous devons toutes et tous faire : réagir quand une situation nous interpelle.

    1. marie

      oui, mille fois oui réagir avec humanité ne pas avoir peur de sortir des chemins institutionnalisés, si nous allons chercher ce qui est le plus pur en nous on fait des pas de géant vers l’apaisement , la cohérence , la réalisation de beaux gestes, de belles actions.

  6. klaire

    Mes larmes coulent toutes seules!!!
    Le problème c’est que je suis au boulot!!!
    Comment expliquer ça alors que je suis censée travailler??

    Magnifique histoire

  7. Armelle

    Merci pour ce partage. Oui, il faut tout dire,
    pas de tabou et de la sincérité toujours.
    Le silence peut tuer, le verbe libère
    aujourd’hui ou demain mais il libère.

  8. Julie

    Je découvre votre blog B. B. et je le dévore, pour ne rien louper je l’ai pris depuis le début… je le lis au boulot, chez moi, et je ris, je pleure…
    Merci.
    Cette anecdote m’a émue profondément. J’en connais des enfants comme ça, avec leurs parents qui n’assument pas non plus, qui cachent, détournent le regard, s’excusent…
    Et là… cette histoire 🙂 Merci!
    J’embaucherai des clowns!

    Je suis aidante pour aidants. J’aide, je soutiens, j’écoute, j’accompagne, j’oriente, j’écoute, j’informe, je console, j’écoute.
    Mon boulot c’est d’aider les aidants, et votre site me fais un bien fou, et me permet de faire encore mieux mon métier, et aussi, de mieux vous comprendre, vous soignant, parfois si maladroit avec les familles de vos patients.
    Alors merci.

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