Archives mensuelles : août 2013

Une étrange théophanie dans la chambre 7.

OU
La déesse Pachamama qui se faisait passer pour une vieille femme démente.

« Pallas Athéna, la glorieuse déesse aux yeux pers […] Zeus l’engendra seul, de sa tête vénérable, déjà revêtue des armes de la guerre, étincelante d’or. »
Homère

« Je vais libérer le Kraken ! »
Ma co-interne J. quand elle va faire caca aux toilettes.

Alors voilà, Mme Pachamama, 96 ans, démente au dernier degré, chambre 7, qui se plaint de violentes douleurs du ventre.
J’entrevois déjà vos mines inquiètes, mais rassurez-vous : rien de bien méchant, juste un besoin très pressant d’activer « la guillotine à boudin » comme dirait Mamie.
– Faites-lui un Normacol.
Si tu changes beaucoup de lettres à « Normacol » tu obtiens : « potion magique intra-rectale qui permet de parachuter des gothiques à la vitesse du son ».
Une demi-heure après, j’entends l’aide-soignante pousser cette immense clameur : « OH MON DIEU ! OH MON DIEU ! OH MON DIEU ! »
« Ça y est -que je me dis- quelqu’un s’est enfin aperçu que les biscottes sans sel sont périmées depuis 13 ans » mais non, rien de tout ça : dans la chambre 7, à l’abri des regards, vient de se jouer un remake du film américain « L’arrière-train sifflera trois fois ».
La pièce a été retapissé en marron du sol au plafond. Les maçons du cœur ou même Valérie Damidot et son fameux « marouflage couleur taupe » ne pourront rien pour nous.
Telle une déesse primitive et chthonienne échappée du fond des âges, recouverte de glaise et de glyphes, j’aperçois Mme Pachamama dressée sur son lit, les mains en l’air, dessinant d’indescriptibles imprécations. Grand-mère devenue vénérable chamane, elle a lancé une profonde et très secrète incantation à grand coup de cake aux olives. Sur ses joues, quatre longues marques brunes tracées du bout des doigts. Ce n’est plus une vieille dame… Non… C’est Pocacahontas ! C’est une princesse iroquoise libre et nue, exaltée par la bataille, toute peinturlurée d’engrais, prête à marcher sur l’ennemi !
Sa bouche semble figée dans un cris de guerre muet :
– Sassakué ! Sassakué ! Sassakué !
Quel souffle ? Quelle inflexion ? Quelle voix de quelle bouche invisible aura intimé l’ordre suivant à Pocacahontas : « LIBÈRE LE KRAKEN !!!!!! » ?
Personne ne saura jamais…
Mais, tandis que le rythme lent des tambours de guerre montent du sol comme une longue mélopée jaillit de quelque faille tellurique et infernale, tandis que l’antique chamane hurle et remet ça, je referme la porte sur cette étrange théophanie, me tourne vers mon amie l’aide-soignante :
– Es-tu prête ?
– On va en avoir pour deux heures à tout récurer !
– Oui, mais crois-moi : après ça, on peut mourir tranquille. Nous irons tout droit au paradis sans même passer par la case Saint Pierre ! Vraiment !

« LIBÈRE LE KRAKEN !!!!!! »
Zeus dans ce fabuleux film « le Choc des Titans » (celui de 1981, pas le remake qui pique les yeux !)

« Toi qui entre ici, abandonne toutes espérances »
Dante, L’Enfer, La Divine Comédie (mais c’est aussi écrit sur la porte de la chambre 7, si, si, si !!!).

Les femmes qui avaient les mêmes tresses blanches.

Les femmes qui avaient les mêmes tresses blanches.

« Il n’y a pas que des cons sur Terre, mais tous les cons y sont ».
Proverbe de rugbymen toulousains (en parlant des footeux).

L’histoire c’est E., l’écriture c’est moi. Juste merci !
Pour raconter : http://www.alorsvoila.com/contact

Alors voilà, devant l’ambulance, la vieille dame a dit :
– Je voudrais l’accompagner.
Le médecin :
– Vous êtes qui ?
La vieille dame a hésité.
Peut-être a-t-elle pensé que les temps avaient changé. Donc elle a répondu :
– Je suis sa compagne depuis 37 ans.
Sur le brancard, l’autre vieille mourait : sous une tresse longue comme la vie, ses veines étaient très bleues, sa peau était très blanche.
Le médecin :
– Ce n’est pas possible. On ne prend que la famille, appelez un taxi et retrouvez-nous à l’hôpital.
Il a claqué la porte.
Dans l’ambulance, le médecin s’est esclaffé :
– Supporte pas les vieilles gouines, moi !
[…]
E., qui m’a raconté ce bel acte d’humanité, ne me rapporte pas si la patiente sur le brancard était en état d’entendre.
Les derniers mots à avoir résonné à ses oreilles seraient « vieilles gouines » ?
J’espère qu’elle n’est pas partie comme ça.
Non, vraiment, il ne le faudrait pas. Parce qu’elles ont dû en baver, les deux « vieilles gouines », avec leurs rides, leurs douleurs aux genoux et leurs souvenirs communs qui s’embrouillent. Elles ont dû en partager des combats, en essuyer des crachats et ployer sous le poids des quolibets.
Leurs nattes sont longues. Les cheveux y sont blancs. Ils ont poussé ensemble.

« Ce qui compte c’est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves. »
Virginia Woolf (qui n’était pas la dernière à…)

L’homme qui portait l’uniforme sous son vieux pyjama.

L’homme qui portait l’uniforme sous son vieux pyjama.

http://www.huffingtonpost.fr/dr-b-b/lhomme-qui-portait-luniforme_b_3784007.html

L’histoire c’est Biscotte, interne, l’écriture c’est moi.

Alors voilà M. Javert. Il est vieux (mais style très très très vieux, avec des rides, un dentier, des petits-enfants et tout et tout !). Même qu’il ne marche plus. Il est sur son fauteuil, tout glisse sur lui. Il est l’Indifférence personnifiée. On pourrait se déshabiller, se peindre le corps en violet et chanter « Tâta Yoyo, qu’est-ce qu’il y a sous ton grand chapeau » en lui lançant des petites fourchettes à escargot dans les yeux qu’il ne réagirait pas davantage. Biscotte n’a pas essayé la peinture violette (ça jure un peu avec ses yeux très bleus), mais la chef et lui essayent chaque jour de le stimuler un peu :
– Faudrait voir à pas feignasser au lit toute la journée !
Ou :
– Faut marcher, M. Javert ! La phlébite, c’est pas une bonne copine ! Fera pas de cadeau !
Ou, Biscotte, en tapant ses poumons :
– L’embolie pulmonaire, ça fait mal par où ça passe !
Pas le moindre petit début de commencement d’un tressaillement.
L’aide-soignant, l’infirmière, même la kinésithérapeute, ils essaient tous.
Le résultat du match est sans appel :
Équipe médicale : 0
M. Javert : 1
Risque de phlébite : x 23556691948.
La mort approche à grands pas car M. Javert refuse d’en faire un seul.
Et puis, un matin, la chef s’énerve et lance à tue-tête :
– COLONEL !
Le vieux lève sa tête :
– DEBOUT !
Une main sur l’accoudoir de gauche, une main sur l’accoudoir de droite, il se déplie lentement, tel un majestueux couteau suisse s’ouvrant en deux.
La chef commande :
– EN AVANT ! MARCHE !
M. Javert file droit, déambulateur entre les mains, regard perçant, les épaules voûtées, mais la mine fière et offensive. Il a rajeuni de 20 ans et sans l’aide d’aucune crème L’Oréal (même s’il le vaut bien).
Avant d’être vieux, il était militaire : vous savez, le truc avec des uniformes, des capitaines, des trompettes, des talkies-walkies et des « Papa Ours à Maman Ours : le panda est dans le terrier, je répète : le panda est dans le terrier ! ». Le truc avec la guerre et tout et tout. Il était militaire, je veux dire… Toute sa vie.

« Je voudrais perdre la mémoire pour ne plus changer de trottoir quand je croise mes souvenirs. »
G. Moustaki

« On commence par oublier les noms, puis on oublie les visages. Ensuite on oublie de remonter sa braguette et un jour, on oublie de la descendre. »
G. Burns

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La femme qui me lisait.

La femme qui me lisait.

Alors voilà une lectrice. Appelons-la Mme Spino. Elle m’envoie plusieurs mails. Je reçois beaucoup de messages, je ne peux pas répondre à tous, mais je réponds à Mme Spino.
Parce que c’est comme ça…
Sixième cure de chimio :
– Ça m’aide de vous lire, écrit-elle. On voit les choses différemment. Vous mettez plus de couleurs derrière le blanc des blouses.
Je suis content de l’aider : après tout, soigner c’est mon métier. En paroles ou en actes, tout est soin.
– Il n’y aura pas de septième cycle. C’est terminé, les carottes sont cuites, dit-elle.
Elle ajoute qu’elle aurait été curieuse de lire le livre, mais qu’elle ne sera plus là quand il sortira.
– J’aime votre façon de raconter. Elle me rassure.
Elle aime.
[…]
Moi, j’aime bien mes patients. J’aime aussi mes lecteurs. Mme Spino appartenait aux deux. Je n’ai pas réfléchi. Ça m’arrive souvent : j’ai un cerveau reptilien trèèèèèèès développé et un néocortex aussi gros qu’une cacahuète. Je suis piloté par les sentiments, jamais par la raison. Un cerveau, oui, mais deux hémisphères ! Je pense de façon binaire : yin/yang, poum/tchak, bien/mal, plaisir/douleur, blanc/noir, Luke Skywalker/Dark Vador, Figolu/Pim’s, Jésus de Nazareth/Christine B., musique/Christophe Hondelatte, etc.

Je suis très primaire comme garçon (je peux regarder une cascade de chocolat trois heures sans me lasser, vous voyez le genre !). Un peu con.

J’ai mis (1) (le 1 entre parenthèses, qui a l’air tout petit et de s’ennuyer ferme, c’est pour dire qu’il faut regarder en bas, devant l’autre petit 1 entre parenthèses…) bref, j’ai mis les feuillets dans une graaaaaaaaaande enveloppe. La poste n’était pas loin, j’ai pesé, payé, envoyé…(bon j’ai attendu aussi, mais vous savez ce que c’est, la Poste…)
[…]
Finalement, Madame Spino a enfourché la jument multicolore numéro 7 (la rose, celle avec les étoiles dorées sur la croupe, qui s’appelle Britney et chante très mal, comme la vraie).
Là, je viens d’avoir sa fille au téléphone :
– Elle a été heureuse de vous lire. Ce que vous écrivez, ça l’a apaisée sur… vous savez… sur la suite…
– La mort ?
((( mon côté Jean-Marie Bigard : j’aime dire les choses crûment, on s’économise du temps.)))
– Oui, la mort.
Je lui dis que c’est bien, que c’est mieux que bien, même, que c’est la vie qui va et que rien ne peut aller contre ça. Je l’embrasse sans la connaître puis je raccroche.

Qu’importe les détracteurs, les cyniques et les pisse-froid : je suis content d’avoir créé ce blog, je veux dire : je suis VRAIMENT content d’avoir créé ce blog.
J’arrive à faire de bonnes choses avec, et elles me tiennent en joie.

« Un homme courageux est un homme qui s’efforce de bien faire et de se tenir en joie. »
Spinoza (maxime que j’ai tatouée sur mon torse en latin, pour me souvenir de ne pas devenir un gros connard !).

« Si tu dors et que tu rêves que tu dors, il faut te réveiller deux fois pour te lever. »
Jean-Claude Van Damme (dans « Ma vie, mon oeuvre » Volume 13).

(1) j’avais un doute sur la conjugaison du verbe « mettre » au passé composé (je suis très mauvais en naurtaugaffe). Quand on tape « j’ai mis » sur Google, la quatrième proposition est : « j’ai mis enceinte ma sœur » puis « j’ai mis enceinte ma mère » et enfin : « j’ai mis des lardons dans le couscous ».
Sérieusement ? On vit dans un monde bizarre…

Les hommes qui connaissaient leur boulot.

(((((merci pour vos messages, cela me touche… Prenez soin de vous.))))

L’anecdote c’est M., une co-interne, l’écriture c’est moi, merci !

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Alors voilà l’enfant.
Il a 6 ans et une poche de colostomie. Ça pend sur le côté de son ventre, avachi comme un placenta mou. C’est très laid : suturé à même la peau, on aperçoit, dessous, la minuscule bouche ronde et rose de son côlon.
L’interne M. le voit, ce petit garçon, tous les jours. Elle observe comment il tire sur son pull pour dissimuler la poche, comment il refuse de se joindre aux autres pour jouer. Parfois, il regarde à droite et à gauche, et quand personne n’est en vue, il relâche son vêtement et laisse le petit placenta marron à l’air libre.
Le petit garçon a honte.
C’est « caca », c’est sale, c’est sa maladie qui s’affiche aux yeux de tous.
En psychologie, il y a :

  1. le stade oral,
  2. le stade anal,
  3. le stade phallique,

Pour ce gosse, la vie a ajouté le stade colostomial.
L’interne voudrait bien aider…
Un jour des clowns bénévoles arrivent. Ils font le job : Tagada Pouêt Pouêt, Tagada Pouêt Pouêt, etc. Les enfants rient. Le petit garçon, dans l’encadrement de la porte, les regarde avec envie.
Un clown tourne la tête, le surprend.
– Hé, mais c’est du caca !
Il tape l’épaule de son collègue :
– Hé, regarde ! Il a du caca qui pend !
Le petit garçon tire sur son pull à en faire craquer les coutures. L’interne M. foudroie les clowns du regard. Trop tard : les clowns se saisissent de l’enfant et, surtout, de sa particularité anatomique. Ils font ce que font les clowns, ils la tournent en dérision. Deux minutes plus tard, ce n’est plus une poche de colostomie, c’est un objet de drôlerie et d’originalité. Les enfants viennent et touchent « le caca » à travers le plastique. Le petit garçon se détend, rit, il ne tirera plus sur ses vêtements à compter de ce jour.
Le type se tourne vers l’interne M. et lui balance un clin d’œil appuyé. Comme font les clowns.

Pour les stades anaux et phalliques, on peut compter sur les pédopsychiatres.

Pour le stade colostomial, on peut VRAIMENT embaucher un clown.

« La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents.  »
Confucius

« Les gens se moquent de moi car je suis différente, je me moque d’eux car ils sont tous pareils. »
Lady Gaga

Le mercredi, c’est ravioli !

Le mercredi, c’est dans le Huffington !
La bise à tous, et pensez à moi cette nuit… (La garde va être looooooongue !)
Et merci pour vos mails, j’y répondrai dès que ça se calme un peu niveau boulot ! Promis…
Prenez-soin de vous,
B.B.

http://www.huffingtonpost.fr/dr-b-b/comment-un-medecin-jamais-abri-connard_b_3823181.html?utm_hp_ref=france

PS : on migrera bientôt vers un site sans pub, je vous tiens au courant, le site est en cours de construction, grâce à Miss :
http://www.mayelle-graphiste.com/

L’homme qui était culotté.

L’histoire c’est B., l’écriture c’est moi. Merci !

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Alors voilà Monsieur Lololita. Il a 56 ans, pèse 122 kg, mesure 1 m 74, a une épouse et une addiction très gênante pour les fruits et légumes.
Après de multiples déboires, cette histoire d’amour s’est soldée par une colostomie de décharge sur traumatisme/perforation du côlon sigmoïde.
Si tu changes beaucoup de lettres à la phrase précédente, tu obtiens : « Jouer avec une aubergine et s’en servir comme marteau-piqueur dans la partie la plus tendre de l’organisme finit toujours très mal. »
Les psychiatres sont catégoriques : le patient est sain d’esprit.
Il a juste pris la maxime « manger cinq fruits et légumes par jour » au pied de la lettre, mais à l’envers…
Ce qui dérange réellement B., ce n’est pas l’idylle maraîchère entre Monsieur Lololita et les cucurbitacées, mais la prédilection du patient pour les sous-vêtements féminins :
– Sous la blouse de l’hôpital, il porte des petites culottes en dentelle jaune et rose…
Monsieur Lololita : 56 ans, 122 kilos, 1 m 74, une épouse (très) aimante et une valise pleine de petites culottes en dentelle.

J’aime bien comment nous sommes des êtres éminemment compliqués, et j’aime aussi la leçon Aubade numéro 12, je veux dire : j’aime VRAIMENT la leçon Aubade numéro 12 !

« Leçon Aubade numéro 12 : lui en faire voir de toutes les couleurs.  »

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VOIR.

Photo : David Van Oost

(Pour ma co-interne, la bise miss !)

Alors voilà, l’autre jour, j’étais dans le couloir, planté telle une algue au fond d’un marécage.
Je contemplais.
Ma co-interne a dit :
– Qu’est-ce que tu regardes, Baptiste ?
– Eux. Tu les vois ?
– Oui et alors ? Y a pas grand chose à voir…

Il y avait ce vieil homme, il y avait cette vieille femme.
LUI, obèse, 98 kilogrammes d’humanité posés sur un fauteuil.
ELLE, très fluette, presque hors du monde (sans doute creuse, pour être aussi légère !).
Plus de 180 ans à eux deux.
Un bouddha chinois et une flûte en os.
Le kinésithérapeute est venu les chercher. On manquait de déambulateur pour ELLE, alors le kiné a dit :
– Mettez-le dans un fauteuil-roulant, elle s’y tiendra en le poussant.
Je contemplais : il y avait ce vieil homme, il y avait cette vieille femme.
Ensemble, ils cheminaient.
Sur LUI, elle s’appuyait.
Par ELLE, il avançait.
180 ans à eux deux.
Qu’est-ce qu’une vie ? Des secondes suivant des secondes et se changeant en mois.
Tous ces milliers de jours sans se rencontrer ! Mille et mille inspirations, chacun tourné de son côté !

Ils furent enfants.
[…]
Ils sont vieillards.

Pour ces deux vieux, les hivers sont tombés, élargissant leurs âmes, écrasant leurs vertèbres. Ils allaient dans la vie sans savoir qu’en ce jour, telle une marche funèbre, leurs chemins s’uniraient le temps d’un long couloir.
Et les pas de la femme, et les roues du fauteuil, dessineraient une route : ELLE irait le poussant, IL irait la soutenant, comme deux belles voûtes dont les vieux dos feraient une très grande église, mariant d’un mouvement deux fins d’humanités que les saisons ont prises.
Que voir ?
Un homme ? Une femme ?
Un monument, peut-être ? Peut-être n’y a-t-il pas d’inconnus dans la vie, mais des Hommes, oui, beaucoup d’Hommes, que nous n’avons pas encore rencontrés.
Comme ce bouddha chinois, cette longue flûte en os et cette algue écrasée de silence par ce qu’elle voit dans nos hôpitaux.

« Tu sais, mon chéri, dans la vie, si tu dois choisir, choisis toujours la poésie. »
M.

Le secret de pourquoi « Alors voilà. »

Photo : moi, nu dans le noir, en train de faire des bulles de savon en écoutant du Wagner. Ça ne se voit pas, mais je suis aussi en train de me poser des questions métaphysiques en jouant du violoncelle et en cherchant ma chaussette perdue dans le lave-linge.

((((( Parenthèses entre parenthèses. Les publicités sont imposées par CenterBlog. Je ne touche pas d’argent dessus. Je les subis autant que vous. J’ai choisi CenterBlog parce que c’est facile et gratuit, et que je suis une quiche en informatique. Mais je cherche un autre hébergeur, sans publicités. Désolé, mais je me répète : je ne touche RIEN. Ce n’est pas l’objectif de ce blog +++. Aujourd’hui c’est mon anniversaire. Que vous me lisiez est la plus belle rétribution qu’on puisse m’offrir. Merci. Infiniment. ))))

Le secret de pourquoi « Alors voilà. »

Ou pourquoi mon site s’appelle comme ça et pas autrement.
« J’ai un problème : si vous pouviez m’aider à le résoudre, à nous tous, on devrait vraiment pouvoir y arriver… »

Alors voilà, on croise souvent la mort, mais on la voit rarement en face. Le patient est dans son lit, on sait qu’il va partir, mais nous ne sommes pas là au moment exact où…
J’ai eu beaucoup de patients. Beaucoup sont décédés. Pas que je sois trop mauvais, mais ils étaient très malades ( enfin, je l’espère ! ).
Je les quittais le soir et, au matin, l’infirmière ou l’aide-soignante me disait :
– M. Poussière est redevenu poussières.
Durant mes dix longues années d’études, je n’ai surpris la mort en flagrant délit qu’une seule fois : c’était une vieille dame, un peu délirante.
Elle hurlait toute la journée :
– Alors voilà ! Où es-tu, Pierre ? Toutes ces heures ! Toutes ces heures ! Pierre ! Toutes ces heures ! Que faut-il faire ? Alors voilà ! Monsieur ! Bon Voyage ! Que faut-il faire ? Aidez-moi ! Toutes ces heures !
Surtout, elle répétait TOUT le temps ces deux mots :  » Alors voila ! « .
Inlassablement.
Et puis, le dernier jour, l’aide-soignante tenait sa main, je tenais l’aide-soignante ( ces moments-là ne sont faciles pour personne.)
Quand la vie a joué de la balancelle sur le grand vide, elle s’est suspendue au bord des lèvres avant de s’enfuir et la vieille a encore mâchonné ces deux mots-là :
– Alors voilà.
Pour la millième fois.
Aucune idée de ce qu’elle voulait dire.
Mais cela m’obsède.
Je me souviens de son visage, de cette incantation lancée avant l’Absence, comme pour témoigner :
– Hé les gars ! À cette heure-là, de l’autre coté, voilà ce que j’ai vu !
Ou pour dire :
– What The Fuck ! Tout ÇA pour ÇA ?!?!
Ou :
– Finalement est-ce ainsi ? Naître, vivre et mourir ? Est-ce cela ÊTRE HUMAIN ?

Qu’a-t-elle vu, au bout de sa route ? Je ne sais pas.

« Alors voilà  »

Savez-vous leur signification ?

J’ai 28 ans aujourd’hui et, pour moi, le sens de ces deux mots, leur signification profonde, c’est peut-être le problème le plus important que j’aurai à élucider au cours de mon existence d’homme parmi les Hommes.
Ça et le mystère de la chaussette qui disparaît dans le lave-linge.
Merci VRAIMENT de me lire,

B. B.

« Ce qui est précieux jamais ne se touche, jamais ne se sent ni se goûte.
Ce qui est précieux se frôle avec stupeur, mais ne se retient pas.
Ce qui est précieux est fragile comme poussières dans un rayon. Souffle dessus, tout s’écroulera,
Ce qui est précieux éclot, croît, passe et fane.
Comme la peau.  »
B. Scott