Une question sans réponse.

L’histoire c’est D., l’écriture c’est moi.
Si vous êtes soignant/soigné et que vous voulez participer à cette réconciliation, suivez le guide :
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Alors voilà D.
Elle est externe, elle vient de passer la matinée avec Mme Hamlet.
Une matinée c’est court : elles ne sont pas devenues les meilleures amies du monde. Elles n’ont pas eu le temps d’échanger ces petits riens qui font que deux personnes se « reconnaissent » parmi la foule des anonymes.

Juste une chose, une minuscule petite chose : D. a pris les pouls de Mme Hamlet, a écouté battre son cœur, entendu respirer ses poumons, a palpé son abdomen. Elle a examiné ce par quoi Mme Hamlet est en vie, ce par quoi elle peut « être » au monde et créer sa propre histoire.

Mme Hamlet meurt dans l’après-midi.

Le chef :
– La famille arrive dans 2 heures. Tu as donc deux heures pour apprendre à intuber.
D. explique : elle ne peut pas, Mme Hamlet est là, encore chaude, elle a « connu » Mme Hamlet en vie, ce matin.
Le chef :
– Je comprends. Mais elle est morte, tu n’y changeras rien. Un jour, tu devras intuber « réellement » : un enfant, un ado, un adulte peu importe. Tu dois savoir le faire. Ce moment, il arrivera, crois-moi.
D. regarde le corps de Mme Hamlet.
C’était une femme.
Avec ses petites misères, ses petites joies et ses triomphes. Elle a aimé, détesté, eu mal et fait du mal. Elle s’est peut-être, de son vivant, tournée vers le ciel en espérant guérir.
C’était un être humain.
D. me dit qu’elle est dans les vestiaires, devant la glace. Elle se pose des milliers et des milliers de questions. Qu’est-ce qui est « juste », qu’est-ce qui est « digne » ? Existe-t-il, cet « autre », cet enfant/ado/adulte qu’elle devra intuber un jour ? Est-il quelque part, ignorant que la décision de D. changera peut-être le cours de sa vie ?

D. n’a pas la réponse. Moi non plus.
Je veux dire : qui a VRAIMENT la réponse ?

« Être ou ne pas être ? Telle est la question. »
Hamlet, Shakespeare.

« Intuber ou ne pas intuber ? Dignité ou efficacité ? Telle est sa question. »
B.

« Ce moment, il arrivera, crois-moi. »
Le Chef de D.

« Je crois au moment. S’il n’y a pas le moment, à ce moment-là, il faut arriver à ce moment-là, au moment qu’on veut. »
Jean-Claude Vandamme

(Pour celles et ceux qui se posent la question du pourquoi de cette photo : la patiente de D. avait un cancer du sein. Donc les filles, je vous propose un petit cours d’auto-palpation mammaire… quadran par quadran on palpe… Sous la douche le matin par exemple…
Je n’aime pas quand on meurt d’un cancer du sein, je veux dire : je n’aime V…

http://cancerdusein.org/le-depistage/lauto-examen-des-seins

La bise,
Prenez soin de vous toutes,
VRAIMENT !
B.)

3 réflexions au sujet de « Une question sans réponse. »

  1. Pago

    J’ai découvert ce blog très récemment, je me régale ce ces petites histoires et j’ai donc entrepris de le lire en totalité. Jusque là ça me plaisait bien mais là je ne peux pas lire ça sans réagir! Je trouve cela tout à fait honteux de profiter du corps de cette défunte sans l’accord de qui que ce soit!! VRAIMENT honteux.

      1. Rodjeur

        @Pago : si tu arrives un jour aux urgences, tu seras bien content(e) que l’interne qui t’intubera se soit fait la main sur Mme Hamlet, avant. Une intubation mal faite, c’est tes cordes vocales qui y passent, ta trachée artère et… Quoi encore ?
        Au moins sa mort, si évitable aujourd’hui grâce au dépistage, aura servi à quelque chose…

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