Archives mensuelles : mars 2013

Mme S.

(L’histoire c’est B., l’écriture c’est moi. Juste Merci !)

À l’hôpital il y a CEUX qui donnent et CE qui vole.

Alors voilà Mme S. 48 ans, hospitalisée pour fausse route avec pneumopathie d’inhalation. Depuis dix ans elle souffre d’une maladie de Steinert, saloperie dégénérative qui change vos muscles en soupe et vous métamorphose en poupée de chiffon.

Ils sont trois à devoir porter Mme Steinert après qu’elle ait déféqué sur la chaise percée : l’aide soignante, l’infirmière, B.
Le corps humain est fait de 70% d’eau. Pour Mme Steinert, je pense que Dieu a rajouté du plomb.

Du plomb et pas mal de déveine.

B. va voir le neurologue, il veut son avis sur Mme Steinert. Il le lui donne.
B. se tourne vers le pneumologue, solliciter son expertise sur la radio de Mme Steinert. Il le lui donne.
B. va parler de Mme Steinert au Chef afin d’obtenir un conseil. Il le lui donne.
Finalement, l’aide-soignante dit à B. : « pourquoi l’appelles-tu Mme Steinert ? Elle s’appelle Mme S. ! »

[…]

Depuis le début de la matinée B. a confondu son nom, à consonance germanique, avec celui de sa maladie.

[…]

Depuis le début de la matinée B. est allé voir différents spécialistes qui ont donné de leur temps et de leur connaissance pour elle. Ils ont donné.

[…]

À l’hôpital il y a CEUX qui donnent et CE qui vole.
Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins donnent.
La Maladie vole.

Depuis dix ans, la maladie de Steinert a tout volé à Mme S. : sa vie de femme, sa vie de maîtresse, sa vie sociale, son corps, sa dignité, son droit de se torcher toute seule ou de manger sans suffoquer.

Ce matin, la maladie lui a aussi volé son nom.

[…]

Elle s’appelle Mme S.
Je veux dire : elle s’appelle VRAIMENT Mme S.

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La Mort, Nana Mouskouri, Maman et le déodorant Wizard.

Alors voilà Maurice qui a fait un arrêt cardiaque. Dans la voiture qui file à fond de train à travers la ville, je demande son âge :
– 45 ans.
– Aïe…
(Mot stupide s’il en est pour désigner la situation d’un homme de 45 ans en train de mourir : Aïe…).
À côté de moi, E. l’infirmière.
Depuis ce matin, je l’appelle Maman. Dans le service, quand une collègue tombe enceinte je l’appelle Maman.
Pourquoi ?
D’abord c’est drôle, ensuite ça leur rend service : je les habitue au rôle magnifique qui les attend.
[petit aparté : réfléchissons-nous suffisamment combien ce mot de « Maman » est beau ? C’est le seul mot qui, s’il est crié très fort dans la rue, a le pouvoir de faire se retourner toutes les femmes… ou presque].
Nous étions donc quatre : le chef, l’ambulancier, Maman et moi.
Et Maurice qui, avant de s’écrouler, a vomi absolument partout. Je masse Maurice, les genoux dans les vomissures, l’estomac dans les talons.
Une image idiote me traverse l’esprit : Nana Mouskouri en train de chanter « quand tu chantes, quand tu chantes, Wizard »
PSHITT ! PSHITT !
Tout est bon pour prendre de la distance, même Nana Mouskouri.
Je masse.
« Il parfume, il créait l’ambiance, Wizard »
PSHITT ! PSHITT !
Maman, en train de préparer ses perfs, est blanche comme un linge :
– Je crois que je vais vomir. D’habitude le vomi, ça ne me fait rien, mais là…
Elle porte la main à son ventre.
Moi, à ce moment précis, je pense :
1- Tiens ! Maman a des nausées !
2- Et merde ! Nana Mouskouri ne fait plus effet (on ne peut pas compter sur les grecs…),
3- Oh, oh… je suis dangereusement en train de me laisser envahir par l’idée que j’ai sous les mains un monde de tristesse en devenir.
Je fais donc la seule chose sensée : mes pensées se jettent sur les nausées de Maman comme un miséreux sur du bon pain.
Maman a envie de vomir… C’est génial ! Elle a envie de rendre son déjeuner… C’est fantastique ! Elle va retapisser mon paysage avec son bœuf-bourguignon à moitié digéré… Vive les nausées de Maman !
Et je m’en réjouis, et je m’en émerveille, et je m’en ragaillardis.
Parce que ses nausées à elle, ses nausées de Maman, elles sont une bonne nouvelle, je veux dire : ses nausées sont VRAIMENT une bonne nouvelle en devenir.

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Père Castor, raconte-nous une histoire ! Le clown triste.

(L’histoire suivante est soumise à caution : Père Castor nous l’a racontée à 2 heures du matin, après une intervention SAMU extrêmement tragique. Peut-être a-t-il enjolivé les faits, peut-être était-ce un chat plutôt qu’un tigre, peut-être le patient n’avait-il perdu qu’un ongle et pas le bras… Qu’importe, cette histoire a eu le mérite de nous faire rire aux larmes à un moment où les larmes, justement, n’étaient pas loin de couler. Et cela, c’est aussi une forme de réconciliation…
Je vous souhaite à tous une bonne journée… Je ne peux répondre à tous les mails mais ils me touchent tous… Merci et prenez soin de vous… B.) 

Alors voilà E. et l’équipe SAMU appelés dans un cirque à cause « d’un petit incident avec un tigre ». Vous jugerez de la pertinence d’une telle litote : pas sûr qu’il existe vraiment de « petit » incident quand on parle d’un tigre.
E. :
« Nous arrivons et là : un nain fanfreluché qui court, une femme gigantesque serrant contre elle un lama, une centrifugeuse fonctionnant toute seule qui envoie des boulettes de barbe-à-papa dans l’air et, par terre, un morceau de steak qui traîne. Ah, non, en fait, c’est un bout d’avant-bras. Débarque un petit gros barbu, habillé en vicomte, qui dit « suivez-moi, suivez-moi, il saigne ». On ne l’a pas contredit parce que, avec ce bout d’avant-bras sur le sol, ça nous paraissait plus que vraisemblable que quelqu’un saigne quelque part. Le Vicomte ouvre une tenture et on voit, étendu sur de la paille, Bozzo le clown, dont le moignon fait « Pshiiit-Pshiiit » telle une canette de coca secouée. Son maquillage dégouline, il pleure, il gémit, il hurle, une femme en tutu rose (sa femme ?) pleure aussi, derrière eux une cage avec un tigre gros comme un autobus qui feule en direction du clown. Le vicomte de dire :
– Il a encore faim ce con !
Je me suis dit que c’était normal puisque le lambeau d’avant-bras était resté par terre, juste grignoté, et qu’après ce qui s’était passé, personne n’avait dû penser à donner son repas du soir au félin. »

((((Là, j’ai toujours douté de la véracité de la chute mais E. y mettait tant de conviction que je vous la livre quand même.))))))

Et E. qui nous fait, en ménageant du suspense pour son auditoire :
– Mais savez-vous ce qui m’a le plus marqué cette nuit-là ?
Nous, tous en cœur et au cœur de la nuit :
– Oh non ! Dis-nous père Castor !
– Il avait gardé son faux nez rouge ! LE CLOWN AVAIT ENCORE SON FAUX NEZ ROUGE !

J’adore les anecdotes de Mahatma E., je veux dire : j’aime VRAIMENT les anecdotes de Mahatma E.

PS : le clown triste avait voulu caresser le tigre en passant son bras à travers la cage, que cela nous serve de leçon à tous, surtout ceux qui ont un tigre à la maison.

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La Marseillaise, mes beaux yeux verts, Findus et ma…

Alors voilà qu’en revenant d’une intervention SAMU particulièrement difficile, ma co-interne décide de me remonter le moral.
L. (mais je l’ai surnommée Frottis pour des raisons que vous préférez ignorer) m’attrape par le coude et me dit :
– Allez viens, j’ai une patiente qui chante.
Mme Q., 89 ans, démente, dans sa chambre, nous accueille en entonnant la Marseillaise.
– Allons enfants de la patrie ! Etc…
Là, gros pétage de plomb, je me mets à chanter avec elle, main dans la main. Frottis aussi. Alors Mme Q. nous prend au dépourvu et attaque « Ah le petit vin blanc, qu’on boit sous les tonnelles » dont je ne connais pas les paroles.
On essaie de la suivre mais on fait du yaourt. Ambiance. Finalement Mme Q. s’interrompt, me regarde fixement, approche son visage du mien et crie :
– Oh ! Qu’il est beau ! Mon dieu qu’il est beau !
Moi, après l’intervention un peu dramatique, je me réjouis de plaire à une Mamie démente de 89 ans… Il n’y a pas de petit plaisir dans la vie (comme disait Monsieur Oblique-Bosse-Canne).
– Ces yeux verts ! De beaux yeux verts, ça oui…
Et là, devant l’équipe et BiBi pas peu fier d’avoir de beaux yeux verts :
– À mon avis, il a une toute petite queue !
Éclat de rire général. Et Mme Q. de faire une description anatomique détaillée de l’appareil reproducteur de votre serviteur.

Je n’aime pas comment la démence sénile ramène l’être humain à ses fondamentaux.

P. S. 1 : depuis cet épisode, je mange des lasagnes Findus. Tout est rentré dans l’ordre. Je peux témoigner : il y a, VRAIMENT, du cheval dedans.

P. S. 2 : le Post Scriptum 1 est de l’humour : aucune Lady ne s’est jamais plainte de BiBi (Spéciale dédicace à L., alias Frottis, et notre running-phrase : « La bosse sous ma blouse ? C’est parce que ma sœur est noire ! »   Comprenne qui pourra…)

L’enfant qui savait d’où il venait.

(L’anecdote c’est L. L’écriture c’est moi. Juste Merci !)

Alors voilà, il s’appelait Henry, ou Léa, ou peu importe c’était un enfant et il aurait eu 10 ans dans un peu moins d’une semaine.
Un samedi.
Il est parti faire du poney multicolore à cause d’une maladie du sang, une leucémie.
Vous auriez adoré ce gamin. Il n’était pas comme les autres enfants de son âge : il n’aimait pas les voitures, détestait le base-ball ou les dinosaures. Par contre, il se passionnait pour la généalogie.
C’est une lubie inhabituelle chez un enfant de dix ans.
Un jour, il montre à l’interne l’arbre généalogique qu’il a dressé avec patience durant ses longues heures d’hospitalisation.
Il est fier de lui.
Savez-vous ce qu’il affirme avoir découvert ?

Peut-être faites-vous non de la tête, peut-être vous mordez-vous la lèvre supérieure.

Henry dit détenir la preuve que sa famille descend en droite ligne d’Adam et Eve. Et cela, pour lui, c’est une certitude.
C’est étrange, n’est-ce pas ?
Avoir la certitude de savoir d’où on vient et hériter d’un destin qui ne vous mène nulle part.

Je veux dire c’est VRAIMENT étrange.

Regarder les gens dans le Métro.

Dédramatisons l’affaire des fautes d’orthographe : corrigez, c’est important, mais ne vous prenez pas la tête entre vous pour ça. Ce n’est pas l’objectif du blog. Et dédicace à Sarah qui se reconnaitra, fidèle lectrice et fidèle correctrice.

P.S. : j’avais dit « pas de posts cette semaine » mais vous me manquiez !

Regarder les gens dans le Métro.

Allora Ecce les gens dans le Métro.
Roma, Statione Termini. 7h20 du matin, très tôt (ou très tard selon ce qu’on a fait la nuit).

Une jeune fille, assise, studieuse, stylo en main et bouton de fièvre sur la lèvre. Deux possibilités : soit le stress lui a fait sortir son herpès, soit elle a embrassé Bidule en boite qui a partagé son virus. On ne peut rien contre la générosité.
Un homme entre dans la rame. Série de petits grains de beauté rougeâtres.
Ressemblent à un Sarcome de Kaposi.
Peut-être rien, peut être une belle histoire d’amour qui a mal tourné.

Un homme habillé en loques. Beaucoup de pellicules, couperose prononcée et démarche hésitante. Il se penche plusieurs fois vers l’avant en grimaçant. Alcoolisme chronique, probablement pancréatite chronique associée. Pourquoi en est-il là ? À l’hôpital je le demande à mes patients, mais là…

Un homme, la cinquantaine, colle les pages de son livre sur son nez : devrait faire un tour chez l’ophtalmo, ses lunettes ne le corrigent plus suffisamment.

Jeune de 12 ans, gynécomastie discrète : la puberté arrive. Son grand frère plein d’acné, la puberté a déjà commencé. Y a des parents qui vont morfler…

Deux types d’endroits sont propices aux méditations : les centres commerciaux et le Métro (et la Sixtine mais elle est fermée en ce moment et elle est hors concours).

Les centres commerciaux parce qu’on s’y pose beaucoup de questions existentielles : plutôt Figolu ou Granola ? Quel est le sens de la vie ? Colgate citron ou Vadémécum Fluor & Plantes ? Dieu existe-t-il ?

Le Métro, parce qu’on y est immensément seul parmi  la foule.

Je ne sais pas si dieu existe mais il y a les gens dans le métro. Il faut les regarder : ils ont vraiment des histoires à nous raconter.

(Les illustrations sont trouvées sur les réseaux sociaux où elles sont libres de droit ce qui n’est pas le cas sur CenterBlog. Si vous connaissez les artistes, on veut bien connaître leurs noms et l’afficher ! Redde Caesari quae sunt Caesaris)

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Martine en vacances et B. à Rome.

Photographie de Pol Ubeda Hervas (Merci à Flexable pour la trouvaille).

Salut à tous et toutes…

Étant en vacances dans la ville éternelle (rien à voir avec le conclave, je viens juste faire monstrueusement la fête…), ce sera relâche cette semaine (ou pas…). J’espère que vous comprendrez.

En tout cas il pleut à Rome…

j’ai bien lu vos commentaires sur les fautes d’orthographe, j’ai cherché une bonne excuse à vous donner. Je n’en trouvais pas alors je me suis dit « dis-leur la vérité »; Avec des parenthèses entre parenthèses, il va sans dire !

((((Alors voilà, vendredi dernier c’était le 8 mars et c’était la journée de la femme : j’étais donc vraiment très occupé !)))))

La bise à tous (((et toutes))),

Prenez soin de vous…

B.

Le Da Vinci Code Pouêt-Pouêt.

Alors voilà : je vais vous livrer un secret qui pourrait changer la face du monde une fois révélé et démocratisé.
La technique secrète pour consoler. La technique du Pouêt-Pouêt.
Vous prenez votre main gauche, glissez-là sous l’aisselle droite et balancez un généreux Pouêt-Pouêt en fixant la personne dans les yeux.
Cette technique marche :
– Devant un film triste à l’internat, quand les internes ont passé une sale journée. Si l’un d’entre eux essuie une larme quand le héros se sacrifie pour sauver le bébé phoque : n’attendez pas, Pouêt-pouêtez le.
– Sur sa petite cousine qui passe le concours de Médecine. Dites-lui : « Hé, regarde : Pouêt-Pouêt ! »
– Sur le chagrin d’amour d’une amie : captez son regard tout de mascara ruisselant et Pouêt-pouêtez la.
– Sur sa grande sœur qui se tient le ventre et vous annonce qu’il faudra attendre un peu plus longtemps avant d’avoir le petit neveu ou la petite nièce qui devait arriver… Pouêt-pouêtez la. Tristement mais faites-le. Et ensuite prenez-la dans vos bras (double effet Kiss-cool)
– Sur l’interne de pédiatrie qui pleure le petit patient parti trop tôt et se mure dans le silence. Pouêt-pouêtez la. Elle vous dira « Putain t’es con ». Peu importe : elle aura parlé, premier pas vers la guérison.

Cette technique a ses limites, elle n’est pas efficace en cas d’annonce de cancer du pancréas et n’a aucun effet sur les parents inconsolables (d’ailleurs je vous déconseille d’essayer).
Mais pour les cas de chagrins passagers, elle est efficace. Même à minima : elle fait toujours sourire. Et sourire, c’est déjà 50% du boulot.
VRAIMENT !

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Le secret des médecins qui ne savent pas ce qu’ils veulent.

(L’anecdote c’est Super Chef Gentille fée bleue, l’écriture c’est moi. Merci !)

« Il faudrait savoir ce que vous voulez »

Alors voilà la phrase entendue, ré-entendue un millier de fois. Devant des symptômes, un médecin envisage toujours deux conduites à tenir différentes. Si vous parlez à deux médecins, vous vous trouvez en réalité face à quatre interlocuteurs. D’où la phrase ci-dessus…

Par exemple, Rodrigo Díaz de Vivar, 62 ans, hospitalisé pour embolie pulmonaire bilatérale massive. Des caillots de sang se sont formés dans les vaisseaux de ses poumons… C’est très grave. Si on ne fluidifie pas son sang, il va mourir.
Vous pensez : « et bien ! Qu’il le fluidifie ce sang ! Qu’on n’en parle plus ! »
Le souci ?
Il y a trois mois, Rodrigo Díaz de Vivar a fait un AVC hémorragique. Si on fluidifie ? Son crâne va se remplir de sang puis Rodrigo Díaz de Vivar commencera sérieusement à inquiéter Chimène et maman…
C’est ce qu’on appelle un choix cornélien, la quadrature du cercle.
Il y a donc plusieurs spécialistes et aucun n’est vraiment d’accord sur la marche à suivre.
Mais ils sont tous VRAIMENT en harmonie sur le but à atteindre.

« Il faudrait savoir ce que vous voulez »

On veut que Rodrigue guérisse, tout simplement.

« Il n’y a pas de problèmes ; il n’y a que des solutions. L’esprit de l’homme invente ensuite le problème. Il voit des problèmes partout. »
André Gide

« Hey, Dédé, t’as déjà vu une hémorragie cérébrale sous anticoagulants ? Parce que c’est pas bon… »
B.

Le secret du sourire de Mona Lisa.

Photo : Saint Jean-Baptiste montrant le ciel, Léonard de Vinci.

Alors voilà Chef Top Chef qui me raconte comment, alors qu’il commençait sa carrière, il fit un toucher rectal à une vieille patiente de 84 ans.
Appelons-la Madeleine (parce que Nova c’est déjà pris par une autre Mamie qui fait des yoghourts).
Madeleine, donc… De longs cheveux blancs, très digne, coquette.
Et gênée…
Si gênée que lors de l’examen elle se mit à pleurer d’humiliation à l’idée qu’un homme inconnu, de l’âge de son petit-fils, mette un doigt dans son derrière.
Cette histoire m’a turlupiné. Une vieille dame qui pleure d’humiliation…
J’ai pensé : comment puis-je espérer nous réconcilier quand chaque jour des milliers de mes confrères touchent à votre intimité la plus profonde ?
Et surtout comment vous en parler avec délicatesse pour que, quand le jour se présentera, vous ne vous sentiez pas dégradés ou rabaissés ?
Comment dédramatiser tout ça ?
En vous disant, les yeux dans les yeux, quelques vérités essentielles :

– Les médecins n’apprécient pas vraiment s’attaquer à cette partie-là de votre anatomie. Nécessité fait loi : on le fait car on recherche un saignement, une fissure, une tumeur, une infection de prostate etc… Il n’y a pas d’acte gratuit dans la vie et cette affirmation vaut particulièrement pour le toucher rectal. (((C’est rare que je me congratule, mais je trouve cette dernière phrase très drôle…)))

– Attention ! Bibi dénonce ! —–> GROSSE RÉVÉLATION : le médecin qui vous fait le toucher rectal a lui aussi un anus ! Et il va lui aussi aux toilettes tous les jours.
Évidemment, vous ne pouviez pas savoir ! On ne voit jamais Dr House aller faire caca ou le Docteur Meredith Grey’s s’exclamer au Docteur Mamour : « chéri, attends-moi là, je vais démouler un cake. » (((C’est rare que je me congratule, mais je trouve cette dernière phrase aussi très drôle…)))

– L’anus ce n’est pas sale. Ou si, pardonnez-moi, c’est sale. C’est plein de bactéries. Mais c’est Humain. Et l’Humain c’est grand et c’est beau, l’Humain c’est celui qui peint la Chapelle Sixtine, qui pose un sourire sur le visage de Mona Lisa, qui construit le Taj-Mahal par amour. L’Humain c’est celui qui écrit « La République », la « Neuvième Symphonie » ou celui qui synthétise la Pénicilline et le vaccin anti-rabique.

J’aime à croire que si Madeleine avait lu cela, elle n’aurait pas éclaté en sanglots lors de l’examen. Peut-être même aurait-elle bombé son torse d’Être Humain glorieux en s’exclamant :
– Vas-y pépère, je n’ai pas honte : mon anus il a peint la Joconde ! Je veux dire : il a VRAIMENT peint la Joconde !

((( C’est rare que je m’auto-congratule mais etc…)))

« Il n’y a pas d’acte gratuit dans la vie. Cette affirmation est particulièrement vraie pour le toucher rectal ».
BiBi. 

« Chéri, attends-moi là, je vais démouler un cake »
Docteur Meredith Grey dans la série Grey’s Anatomy.

« Vas-y pépère, mon anus il a peint la Joconde ! »
Madeleine, 84 ans, qui ne pleurera plus jamais d’humiliation.

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